Maroc-Algérie : une enquête Pegasus révèle une guerre de l'ombre à Madrid

Le Maroc est mis en cause par une nouvelle enquête internationale sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus. Selon le consortium dirigé par Forbidden Stories, une ancienne ambassadrice d’Algérie à Madrid figure parmi les personnes ciblées entre 2018 et 2019.

Les révélations, publiées par El Confidencial avec treize autres médias européens, portent sur 768 tentatives d’infection recensées entre mai 2018 et juin 2019. Les enquêteurs estiment qu’environ 250 téléphones auraient été sélectionnés durant cette période. Ils attribuent ces opérations à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) du Maroc, dirigée par Abdellatif Hammouchi. Aucune réaction officielle des autorités marocaines n’avait été rapportée au moment de la publication.

Une diplomate algérienne figure parmi les personnes ciblées

Selon El Confidencial, les données étudiées montrent que le numéro de Taous Feroukhi, alors ambassadrice d’Algérie à Madrid, apparaît dans les listes examinées par le consortium. D’autres représentants diplomatiques algériens en poste en Espagne auraient également été visés.

Les enquêteurs précisent toutefois que ces éléments concernent des tentatives d’infection. Le Security Lab d’Amnesty International rappelle qu’une analyse technique de chaque appareil est indispensable pour déterminer si Pegasus a réellement été installé. L’organisation souligne qu’« une expertise de l’appareil est indispensable » avant de pouvoir confirmer une compromission.

Des militants, journalistes et responsables sahraouis également recensés

Les registres exploités par le consortium recensent aussi des responsables du Front Polisario, parmi lesquels Mohamed Beisat et Mouloud Saïd, ainsi que l’activiste sahraouie Aminatou Haidar. Des militants rifains vivant en Espagne, des citoyens marocains liés au mouvement du Hirak du Rif et plusieurs membres d’associations de soutien au Sahara occidental apparaissent également dans les données consultées.

Des journalistes figurent aussi parmi les personnes ciblées. Selon El Confidencial, El Houssine Majdoubi aurait subi 42 tentatives d’infection. Le journaliste Ali Lmrabet, le correspondant néerlandais Koen Greven et le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, qui a participé à cette enquête, sont également cités.

Le consortium rapporte enfin que plusieurs militants rifains ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Ils expliquent avoir choisi cette précaution par crainte de difficultés lors de futurs déplacements au Maroc.

Les nouvelles révélations interviennent alors que les relations entre le Maroc et l’Algérie restent rompues depuis le 24 août 2021, à l’initiative d’Alger. La frontière terrestre entre les deux pays demeure fermée depuis 1994, tandis que le différend sur le Sahara occidental continue d’alimenter les tensions diplomatiques. L’affaire Pegasus avait déjà pris une dimension internationale en 2021 avec la publication du « Pegasus Project », une enquête collaborative mondiale consacrée à l’utilisation présumée du logiciel espion développé par la société israélienne NSO Group.

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