Un scrutin secret a désigné Khalida Boufedech à la tête de l’Assemblée populaire nationale (APN) ce mardi. Avec 302 voix sur 366 exprimées, la députée FLN d’Alger devance largement ses deux rivaux, Amine Allouche du MSP (57 voix) et Rachid Hassani du RCD (7 voix). Aucune femme n’avait occupé ce poste depuis la création de l’institution en 1977. Le rôle dépasse largement la simple présidence de séances parlementaires.
Un droit de regard sur les pleins pouvoirs présidentiels
Trois des neuf membres du Conseil constitutionnel algérien seront désormais désignés par Boufedech elle-même. La Constitution accorde également à Boufedech la faculté de saisir seule cette instance pour contester la conformité d’un texte de loi avant sa promulgation. Autre levier : le président Abdelmadjid Tebboune ne peut ni dissoudre l’Assemblée ni activer les pleins pouvoirs en temps de crise sans avoir consulté au préalable Boufedech, le président du Conseil de la nation, le président du Conseil constitutionnel et le Premier ministre.
Ce nouveau statut place Boufedech au troisième rang protocolaire de l’État, immédiatement après Tebboune et le président du Conseil de la nation. Boufedech prend la suite de Brahim Boughali, à ce poste depuis 2021.
D’un cabinet d’allergologie aux couloirs du Parlement
Rien ne prédestinait initialement Boufedech, née le 27 mai 1982, à cette trajectoire : formée à la médecine générale à l’université d’Alger, Boufedech décroche son diplôme en 2008 puis se spécialise en allergologie et immunologie clinique en 2019. La carrière de Boufedech débute à l’hôpital d’Aïn Taya, se poursuit au CHU de Beni Messous, avant que Boufedech ne prenne la direction d’un service à la Direction de la santé de la wilaya d’Alger.
L’engagement politique local a précédé l’entrée de Boufedech au Parlement national : mandat à l’Assemblée communale de Bordj El Bahri de 2012 à 2017, puis siège à l’Assemblée de wilaya d’Alger dès 2017. Les législatives du 2 juillet dernier ouvrent enfin les portes de l’APN à Boufedech.
Une avancée symbolique contredite par les chiffres de la parité
Une coalition regroupant plus de 300 sièges — FLN, RND, Front El Moustakbal, El Bina, indépendants, Sawt Al Chaab, Al Karama et Front de l’Algérie nouvelle — a porté la candidature de Boufedech, rendant l’issue du vote « acquise » avant même le scrutin.
Le paradoxe est net : cette élection intervient alors que la présence féminine à l’Assemblée recule fortement. Vingt-trois femmes seulement siègent parmi les 407 députés issus du scrutin du 2 juillet, contre 38 en 2021 et 118 en 2017 — année où un quota légal imposait un tiers de candidates sur chaque liste électorale. Le taux de participation aux législatives de juillet, 21,24%, constitue le plus faible jamais enregistré pour ce type de vote dans le pays.



