Deux nations liées par un conflit armé vieux de quarante-quatre ans s’affrontent mercredi soir à Atlanta pour une place en finale du Mondial 2026. Le FBI, la FIFA et la police locale ont classé cette demi-finale entre l’Angleterre et l’Argentine comme la rencontre présentant le niveau de risque le plus élevé du tournoi, à l’issue d’une réunion tenue lundi.
Le dispositif retenu prévoit des entrées séparées pour les deux groupes de supporters au Mercedes-Benz Stadium, ainsi que des bars dédiés à chaque nationalité dans le centre-ville. Aucune séparation ne sera en revanche appliquée à l’intérieur de l’enceinte, où les billets revendus sur les plateformes secondaires rendent la ségrégation des tribunes impossible à garantir. L’Atlanta Police Department a annoncé un renforcement de sa présence dans les zones à forte affluence de la ville.
Un contentieux né de la guerre des Malouines
La rivalité entre les deux sélections trouve son origine dans le conflit de 1982, quand l’invasion argentine de l’archipel des Malouines avait débouché sur une reprise de contrôle britannique au prix de 907 morts. Depuis plusieurs éditions, la FIFA évite systématiquement de désigner un arbitre anglais pour les matchs argentins, et inversement, en raison de cet héritage.
Le climat s’est retendu ces derniers jours après la publication, le 13 juillet, d’un éditorial du ministre argentin des Affaires étrangères Pablo Quirno dans le quotidien La Nación, réclamant la réouverture de négociations sur la souveraineté de l’archipel et l’annulation du référendum de 2013, où 99,8 % des habitants avaient voté pour le maintien du statut britannique. Le Premier ministre Keir Starmer a rejeté cette position.
Le sélectionneur argentin Lionel Scaloni a cherché à apaiser les tensions : « Le message pour le peuple argentin est que ceci est un match de football. » Son homologue britannique dans les cages, le gardien Jordan Pickford, a tenu un discours similaire, évoquant deux nations fières se retrouvant pour un match de haut niveau.
Une équipe déjà visée par plusieurs polémiques
Cette demi-finale suit une séquence tendue pour la sélection argentine, déjà à l’origine de deux polémiques distinctes durant ce Mondial. Début juillet, la vice-gouverneure de la province de Mendoza, Hebe Casado, avait qualifié l’équipe de France d' »équipe africaine sans manières » après la victoire des Bleus face au Paraguay, provoquant une déclaration de persona non grata par l’ambassadeur français Romain Nadal. Quelques jours plus tôt, des supporters argentins avaient entonné un chant visant directement les origines de plusieurs internationaux français.
Après leur qualification arrachée face à l’Égypte en huitièmes de finale, les joueurs argentins avaient également repris dans les vestiaires une version modifiée du chant « Muchachos« , mêlant référence à la revanche de 1994 et à la guerre de 1982 — une séquence diffusée par la fédération argentine elle-même, en principe contraire au règlement de la FIFA sur les chants politiques, mais restée impunie. La demi-finale doit désigner le second finaliste du Mondial 2026, face au vainqueur de France-Espagne, pour la finale prévue dimanche.


