Plus de 13 milliards de dollars ont été générés par les exportations de brut vénézuélien depuis janvier 2026, sans qu’aucune comptabilité publique détaillée n’accompagne ces revenus. Ce montant provient des ventes de pétrole brut des qualités Merey, Boscan et Hamaca, selon les données croisées de Kpler et d’Argus Media, rapportées par le Financial Times ce 22 juillet.
Début janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, précédée dès novembre 2025 par le déploiement du porte-avions USS Gerald R. Ford et par l’interception de plusieurs pétroliers au large des côtes vénézuéliennes, aboutissant dans la nuit du 2 au 3 janvier à la capture du président Nicolás Maduro, transféré aux États-Unis pour y être jugé, tandis que Washington prenait le contrôle des mécanismes d’exportation pétrolière du pays sous couvert d’un rôle initialement présenté comme temporaire ; six mois plus tard, malgré les profits revendiqués par Donald Trump, la destination précise des revenus tirés de ces ventes reste largement sans réponse publique.
Un décret présenté comme provisoire
Le premier décret américain encadrant cette mainmise qualifiait le rôle de Washington de simple « gardien » des revenus pétroliers vénézuéliens, rapporte le Financial Times. Le président Donald Trump a depuis tenu un discours différent, affirmant que son administration « gagnait beaucoup d’argent » et avait récupéré 28 fois le coût des opérations militaires engagées.
Devant le Congrès, Michael Kozak, haut responsable du Département d’État, a résumé selon le même quotidien la logique retenue par l’administration : « c’est leur argent mais… ils doivent obtenir notre permission ». Toujours selon le Financial Times, le Département d’État affirme que plusieurs milliards de dollars ont été réinjectés dans l’économie vénézuélienne, sous la supervision d’un audit confié au cabinet KPMG.
Des comités de surveillance sans documents depuis avril
Selon le Financial Times, les comités de surveillance du Congrès américain indiquent n’avoir reçu aucun document sur ces flux financiers depuis avril. Le représentant démocrate Joaquin Castro, membre haut placé de la Chambre, a dénoncé une opération « sans transparence ni garanties », estimant que l’intervention américaine au Venezuela répond avant tout à des logiques pétrolières et financières.
Du côté de Caracas, précise le quotidien britannique, un site officiel a été mis en place pour suivre les revenus pétroliers gérés par les États-Unis, mais il ne recense toutefois qu’un seul virement, de 300 millions de dollars, exécuté en mars. L’économiste Francisco Rodríguez, du Centre de recherche économique et politique, cité par le Financial Times, observe que la croissance vénézuélienne est restée limitée au premier trimestre malgré la hausse des revenus pétroliers, les sommes reversées par Washington au gouvernement vénézuélien n’ayant pas suivi cette progression.
Une urgence financière accrue par les séismes de juin
Les appels à davantage de transparence se sont multipliés depuis les deux séismes du 24 juin, qui ont provoqué selon l’ONU 37 milliards de dollars de dégâts structurels à travers le pays. Le Venezuela dispose pourtant des réserves de pétrole prouvées les plus importantes au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils, un potentiel resté largement sous-exploité depuis les nationalisations menées sous Hugo Chávez à partir de 2007, qui avaient entraîné le départ de nombreuses compagnies étrangères et un sous-investissement durable du secteur. Aucune date n’a pour l’instant été communiquée par l’administration américaine concernant une éventuelle publication détaillée de la répartition des fonds collectés depuis janvier.


