Toute subvention fédérale destinée aux recherches génétiques rendant des agents pathogènes plus transmissibles ou virulents a cessé mardi. La décision, formalisée par une déclaration conjointe du département de la Santé et des Services sociaux et du département d’État, clôt un chantier réglementaire ouvert plus d’un an auparavant.
Ce que change la nouvelle politique
Selon la déclaration, les laboratoires ne pourront plus recevoir de fonds publics américains pour des travaux de gain de fonction jugés à haut risque, qu’ils opèrent sur le sol américain ou à l’étranger. Un comité d’examen indépendant sera chargé d’évaluer au cas par cas les projets concernés. Les institutions bénéficiaires devront déclarer publiquement chaque programme concerné par cette restriction, une obligation de transparence inédite pour ce type de financement.
Un accent particulier est mis sur les pays où les normes de biosécurité sont jugées insuffisantes : les fonds fédéraux leur seront désormais fermés en priorité, indépendamment de la nature exacte des recherches menées.
Le rôle du Covid-19 dans la décision
Cette réforme prolonge un décret signé par Donald Trump en mai 2025, qui avait accordé 120 jours à son administration pour bâtir un cadre définitif, délai finalement dépassé de plusieurs mois avant l’annonce de mardi. Le texte initial pointait déjà les recherches menées à l’Institut de virologie de Wuhan, en Chine, que plusieurs responsables républicains continuent de désigner comme la source probable du Sars-CoV-2.
« Ces règles préservent les bénéfices de la recherche en sciences de la vie« , a estimé Jay Bhattacharya, directeur des National Institutes of Health, dans une tribune au Wall Street Journal, tout en ciblant les risques de fuite accidentelle de laboratoire.
Une première tentative parlementaire restée lettre morte
Le sujet n’est pas nouveau à Washington : dès novembre 2023, la Chambre des représentants avait voté une interdiction similaire, limitée aux pathogènes à potentiel pandémique. Ce texte n’avait toutefois jamais été appliqué faute de cadre réglementaire précis, la seule loi fédérale existante en matière de biosécurité, le Select Agent Rule, ne couvrant qu’une liste restreinte d’agents pathogènes et de toxines pour l’homme, le bétail et les cultures.
Dans la communauté scientifique, certains redoutent que cette coupure de financement freine la capacité des États-Unis à anticiper de futures pandémies. Des chercheurs rappellent que ce type de travaux avait permis, par le passé, de mieux comprendre l’évolution de virus grippaux et de préparer des candidats-vaccins. D’autres saluent un geste attendu depuis des années par une partie du monde académique, qui alerte depuis longtemps sur les risques d’accidents de laboratoire liés à ces manipulations génétiques.



