Deux sénateurs américains ont fixé au 24 août la date limite pour obtenir des réponses de l’industrie diamantaire belge. Elizabeth Warren et Richard Blumenthal exigent des explications sur une bague en or offerte au président Donald Trump, quelques semaines avant une exemption tarifaire favorable au secteur.
Un cadeau réalisé sur mesure
Le joaillier David Gotlib a réalisé la pièce sur mesure : un anneau en or 18 carats serti de six rubis, treize émeraudes et de dizaines de saphirs, l’ensemble dominé par 321 diamants, avec une gravure intérieure au nom du président. La remise a eu lieu le 28 juin, lorsque le président de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), Isidore Mörsel, a confié le bijou à l’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, en marge des célébrations à Bruxelles des 250 ans de l’indépendance américaine. Un message vidéo de Trump a été diffusé lors de la cérémonie, dans lequel il aurait déclaré : « un grand merci à mes amis d’Anvers pour cette magnifique bague Freedom 250 », selon des propos rapportés par l’ambassade américaine. L’exemption tarifaire sur les diamants naturels européens est intervenue vingt-sept jours plus tard, le 24 juillet, sur les nouveaux droits de douane relevant de la Section 301.
Une lettre qui évoque un risque pénal
Warren et Blumenthal réclament, dans un courrier daté du 10 août, des précisions à l’AWDC et à Gotlib sur le financement du cadeau et sur d’éventuels échanges avec l’administration américaine avant l’annonce de l’exemption. Les deux élus estiment que « cela pourrait soulever de sérieuses questions au regard du droit pénal fédéral », selon le texte de la lettre publiée sur le site du Sénat. Ils demandent également une estimation des profits supplémentaires attendus par les membres de l’AWDC grâce au maintien de cette exemption.
Une première exemption, obtenue en septembre 2025, avait disparu en février 2026 après une décision de la Cour suprême invalidant une partie du dispositif douanier de Trump, rappelle le document. L’organisation avait ensuite déposé des observations formelles auprès du bureau du représentant américain au Commerce pour plaider le maintien du régime préférentiel — un geste qu’elle qualifie de simple « contribution » aux négociations européennes, sans lobbying direct auprès de l’administration.
La Maison Blanche rejette tout lien
Le porte-parole de la Maison Blanche, Kush Desai, a écarté toute influence du cadeau sur la décision tarifaire, affirmant que l’exemption découle d’un accord commercial signé l’été précédent avec l’Union européenne, sollicité par plusieurs médias américains. Ni l’AWDC ni le bureau du représentant américain au Commerce n’ont pour l’instant répondu publiquement aux sollicitations des médias.
Antwerp exporte chaque année pour plus de 2 milliards de dollars de diamants taillés vers les États-Unis. Au taux de 10 % initialement prévu, l’exemption représenterait une économie annuelle avoisinant les 200 millions de dollars pour les importateurs du secteur. Les sénateurs démocrates, minoritaires dans les deux chambres du Congrès, ne disposent pas à ce stade d’un pouvoir de contrainte pour obtenir ces réponses.



