Une douzaine de conteneurs ont été déchargés fin juillet sur la côte est du Groenland, sans accord préalable de l’autorité locale des ressources minérales. L’équipement appartient à Greenland Energy, entreprise texane cotée au Nasdaq sous le symbole GLND depuis mars 2026, dont le président, Larry Swets, entretient des liens avec le cercle politique de Donald Trump.
Les autorités groenlandaises ont adressé un avertissement officiel à la société, tout en jugeant disproportionné d’exiger le retrait immédiat du matériel. L’objectif, selon le communiqué du gouvernement, était de faire parvenir l’équipement à terre à Nunap Qeqqa en vue du forage prévu.
Le projet pétrolier de Nunap Qeqqa
La zone visée, également appelée Jameson Land, ferait l’objet d’une estimation de réserves atteignant 13 milliards de barils selon un rapport indépendant cité dans les documents financiers de l’entreprise, pour une valeur avancée jusqu’à 1 000 milliards de dollars. Deux puits sont programmés, avec un coût de revient estimé à 25 dollars le baril. Les droits d’exploration proviennent de White Flame Energy, filiale de la société britannique 80 Mile, obtenus avant que le territoire ne suspende toute nouvelle licence pétrolière en 2021 pour motifs environnementaux.
L’autorisation formelle de transfert reste, à ce stade, à l’étude. En juin, un représentant de l’entreprise avait affirmé de façon inexacte, lors d’une réunion publique, qu’un feu vert existait déjà pour le débarquement du matériel. Notre enthousiasme pour ce projet nous a conduits à mal communiquer, créant de la confusion, avait ensuite reconnu Swets.
Le calendrier communiqué aux actionnaires prévoit un démarrage du premier forage en octobre, chaque puits nécessitant environ trente jours d’opération. Swets a par ailleurs assuré dans une lettre aux actionnaires que les échanges récents avec les régulateurs groenlandais avaient été constructifs.
Une entreprise aux ramifications politiques
Greenland Energy a recruté l’animateur télévisé Phil McGraw, connu sous le nom de Dr Phil et ancien membre de la commission présidentielle sur la liberté religieuse, pour réaliser une série documentaire sur le projet. La société a également nommé au conseil d’administration un vétéran de la marine américaine impliqué dans le programme de défense antimissile Golden Dome — projet que Trump a lui-même qualifié de vital et pour lequel il justifie un contrôle accru du territoire arctique.
Swets nie tout lien entre l’opération pétrolière et une éventuelle annexion américaine du territoire. La structure actuelle de l’entreprise résulte d’une fusion avec Pelican Acquisition Corporation finalisée en mars 2026, dans le cadre d’une opération financière classique de type SPAC.
Le cadre des tensions territoriales
L’épisode intervient après une escalade verbale entamée en janvier, lorsque le président américain avait menacé de sanctions douanières les pays ne soutenant pas une prise de contrôle du territoire. Une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN avait ensuite débouché sur l’annonce d’un cadre de discussion élargi à l’ensemble de la région arctique, sans détail rendu public sur son contenu exact.
Une soixantaine de parlementaires américains, majoritairement démocrates, s’étaient mobilisés le même mois contre toute perspective d’annexion. En février, une offre américaine de déploiement d’un navire-hôpital sur le territoire avait été rejetée par les autorités groenlandaises et danoises.
La présence militaire des États-Unis sur l’île remonte à un accord signé en 1951, qui encadre depuis lors l’activité de la base spatiale de Pituffik, seule installation américaine encore en fonction sur le territoire. Deux jours après l’avertissement adressé à Greenland Energy, le président américain a publié sur son réseau social une image générée par intelligence artificielle le représentant en géant au-dessus de l’île, accompagnée du message Bonjour, Groenland.



