Des entreprises françaises pourraient devenir la cible d’attaques hybrides plus violentes dans les mois à venir. C’est le constat dressé mercredi 26 août par Céline Berthon, directrice générale de la sécurité intérieure, devant un parterre de dirigeants réunis à l’occasion de l’université d’été du Medef.
Le renseignement français établit un parallèle avec un incident survenu en Allemagne trois semaines plus tôt. Dans la nuit du 3 au 4 août, un appareil sans pilote chargé d’explosifs avait été localisé sur le tarmac de l’aéroport de Leipzig, non loin d’avions-cargos ukrainiens acheminant du matériel militaire. Un autre engin volant aurait, presque simultanément, endommagé un avion de la compagnie DHL. Deux semaines plus tard, un troisième appareil muni d’hexogène — une substance à usage militaire — aurait été localisé à proximité du site, laissant penser aux enquêteurs allemands qu’une opération de plus grande ampleur avait pu être planifiée.
Berthon établit un lien avec le risque pesant sur la France
Pour la patronne de la DGSI, cet épisode allemand montre un basculement possible du type de menace auquel la France pourrait devoir faire face. « La découverte d’un drone explosif à Leipzig qui devait selon toute vraisemblance viser un appareil ayant vocation à soutenir l’armée ukrainienne est un signal sur le fait que nous devons considérer comme possible des actions hostiles plus directes, violentes, pouvant survenir sur notre territoire national« *, a-t-elle affirmé, selon des propos relayés par l’AFP.
Berthon n’a pas formellement rattaché l’épisode allemand à un commanditaire précis. Elle a néanmoins situé son propos dans un climat géopolitique qu’elle juge préoccupant : « Dans le cadre de durcissement de la posture russe notamment, il nous faut intégrer l’hypothèse d’un durcissement et d’une aggravation des menaces qui pèsent sur les entreprises ». Côté allemand, le chancelier Friedrich Merz a assuré que son gouvernement identifierait prochainement les responsables de la tentative déjouée à Leipzig, sans que la Russie ne soit à ce stade officiellement mise en cause.
Défense, énergie et communications parmi les secteurs surveillés
D’après la responsable du renseignement intérieur, la vigilance ne devrait pas se limiter aux industriels de l’armement. Les sous-traitants qui alimentent la filière de défense seraient également concernés, tout comme des pans entiers de l’économie jugés sensibles : approvisionnement énergétique et réseaux de communication figureraient parmi les cibles jugées vulnérables par les services français.
Cette prise de parole intervient dans un climat régional tendu. Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, une trentaine d’incidents attribués à des opérations de déstabilisation — coupures de câbles sous-marins, incendies d’entrepôts, cyberattaques contre des infrastructures publiques — ont été recensés par différents services de renseignement européens, sans qu’un cadre de riposte commun n’ait encore été adopté au niveau de l’Union européenne.
L’université d’été du Medef, habituellement centrée sur les enjeux économiques et fiscaux, a cette année consacré une large place aux questions de sécurité. Les entreprises présentes ont évoqué les dispositifs à mettre en place pour protéger leurs actifs stratégiques, dans un cadre où le président Emmanuel Macron appelle à une bascule progressive de l’économie française vers une logique d’économie de guerre.



