Le nombre de vaccins pédiatriques recommandés aux États-Unis passe de 18 à 11. Donald Trump a officialisé ce changement lundi 10 août en signant un décret présidentiel, aux côtés de son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr.
Le texte demande d’espacer les injections administrées aux jeunes enfants et cible directement le vaccin combiné rougeole-oreillons-rubéole (ROR). L’objectif affiché est de le scinder en trois doses distinctes, administrées lors de rendez-vous médicaux séparés.
Un rapprochement avec l’autisme assumé par le président
Face aux journalistes, le chef de l’État a justifié sa décision en évoquant un lien avec l’autisme. Selon ses propos, les enfants d’il y a plusieurs décennies auraient reçu beaucoup moins d’injections tout en étant globalement en meilleure forme, une époque où les diagnostics d’autisme actuels n’auraient tout simplement pas existé. Interrogé sur les causes réelles de ce trouble, il a admis son ignorance sur le sujet.
Ce discours contredit des décennies de recherche médicale. Aucune étude sérieuse, sur les millions de cas analysés à travers le monde, n’est parvenue à démontrer un lien entre les vaccins infantiles et l’apparition de l’autisme.
Une fronde qui dépasse les clivages partisans
L’Académie américaine de pédiatrie a jugé qu’aucun élément scientifique récent ne venait justifier une refonte aussi radicale du calendrier vaccinal. Son président Andrew Racine a précisé qu’une dizaine d’années au minimum seraient nécessaires avant de pouvoir commercialiser légalement des vaccins ROR fractionnés sur le territoire américain.
Le sénateur Bill Cassidy, médecin de formation et élu du camp républicain, a qualifié publiquement la mesure de « profondément infondée », insistant sur le fait que « l’efficacité et l’innocuité des vaccins ne font aujourd’hui aucun doute ».
Le décret confie par ailleurs au ministère de la Justice la mission de convaincre les États d’assouplir leurs exigences vaccinales scolaires. Les administrations concernées, CDC en tête, disposent de 90 jours pour transmettre leurs conclusions. Un précédent équivalent, porté par la CDC en janvier, avait été bloqué par voie judiciaire, un sort que plusieurs juristes anticipent également pour ce nouveau texte.
Le contexte sanitaire d’une décision à contre-courant
La signature intervient alors que le pays fait face à sa plus grave flambée de rougeole depuis trois décennies et demie. D’après les chiffres publiés fin juillet par les autorités sanitaires fédérales, plus de 2 300 cas ont déjà été confirmés en sept mois, un total qui dépasse celui de toute l’année 2025, pourtant déjà marquée par un pic historique de près de 2 300 contaminations et trois décès d’enfants.
Le pays n’avait plus connu une telle flambée épidémique depuis le début des années 1990, période où près de 9 700 cas avaient été dénombrés en une seule année. La maladie avait officiellement disparu du sol américain au tournant des années 2000, avant de resurgir avec la multiplication des dérogations vaccinales pour motifs religieux ou personnels.
Une enquête menée fin 2025 par un institut de sondage américain reconnu estime qu’environ un parent sur six aux États-Unis retarderait ou refuserait aujourd’hui de faire vacciner son enfant, par méfiance envers les autorités sanitaires.



