Si le 15 août évoque pour beaucoup la fête chrétienne de l’Assomption, cette date bat à travers tout le Bénin au rythme d’une toute autre célébration, profondément ancrée dans le socle ancestral : la fête de la nouvelle igname. Dans la conscience collective, Savalou est spontanément perçue comme le cœur palpitant de ces réjouissances. Pourtant, de Toucoutouna dans l’Atacora, en passant par plusieurs localités du Centre et du Nord-Bénin, le 15 août est un jour sacré où les communautés sacrifient à la tradition en offrant les premières récoltes aux divinités. Face à cette simultanéité des rites, on se demande pourquoi ne pas ériger cette journée en une véritable fête traditionnelle nationale ?
Aujourd’hui, le Bénin a engagé une dynamique ambitieuse de valorisation de son identité culturelle. Des événements d’envergure internationale comme les Vodun Days à Ouidah, la Gaani à Nikki ou le Festival des Masques à Porto-Novo ont démontré l’impact extraordinaire de la structuration des fêtes traditionnelles sur l’attractivité du pays. Le 15 août possède tous les atouts pour rejoindre ce cercle prestigieux d’événements phares.
Le premier argument en faveur d’une nationalisation du 15 août réside dans sa capacité à fédérer. Loin d’être l’apanage exclusif des populations Mahi de Savalou et de ses environs, la célébration de l’igname traverse les frontières ethniques et géographiques. Elle constitue un pont culturel naturel entre le Nord et le Sud, réunissant des communautés autour de valeurs universelles. La gratitude envers la terre nourricière, le respect des cycles de la nature et l’hommage aux aïeux. Faire du 15 août une grande fête nationale du tubercule permettrait de renforcer la cohésion sociale et de célébrer l’unité dans la diversité.
Sur le plan touristique et économique, le potentiel est immense. L’igname n’est pas seulement un symbole spirituel ; elle est un pilier de la sécurité alimentaire, de la culture vivrière et de la gastronomie béninoise. En officialisant cette célébration à l’échelle nationale, le Bénin pourrait structurer une offre touristique originale autour de la « Route de l’Igname ». Un tel projet permettrait d’orienter les flux de visiteurs locaux et internationaux vers des circuits variés, leur faisant découvrir aussi bien la ferveur des Collines que les spécificités des rites du Grand Nord.
Pour concrétiser cette vision, une stratégie globale est nécessaire. Au-delà des cérémonies ritualisées dans les palais et sanctuaires, le 15 août pourrait accueillir un grand Festival National de l’igname. Des foires exposition, des concours récompensant les meilleurs producteurs et des démonstrations gastronomiques mettraient à l’honneur les multiples déclinaisons du tubercule : de l’incontournable agoun (igname pilée) aux frites, galettes et farines locales.
Enfin, l’institutionnalisation de cette journée offrirait au Bénin une opportunité majeure d’étendre son rayonnement international, notamment en initiant des démarches pour l’inscription des rites de la nouvelle igname au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
En dépassant le cadre restreint des célébrations communautaires pour embrasser une dimension nationale, le Bénin ferait du 15 août une vitrine exceptionnelle de son patrimoine. Une occasion unique de transformer un rite agricole ancestral en un rendez-vous touristique majeur, au service du développement et du rayonnement culturel du pays.


