Ford avoue en interne : la Chine s'imposera aux États-Unis d'ici 2036

Ford se prépare à une entrée des constructeurs automobiles chinois sur le sol américain d’ici cinq à dix ans. Le PDG Jim Farley l’a confié à ses salariés lors d’une réunion interne organisée le 30 juillet à Detroit, selon des personnes ayant assisté à la rencontre.

Un calendrier qui se précise en interne

Farley et plusieurs cadres dirigeants du groupe estiment qu’une percée chinoise vers la fin de cette fourchette, donc plus proche de dix ans que de cinq, serait le scénario le plus probable. Ce constat tranche avec le discours officiel de l’industrie automobile américaine, qui continue de réclamer un maintien des barrières tarifaires face à Pékin. Les voitures chinoises restent aujourd’hui frappées de droits de douane avoisinant 100 %, tandis que des règles progressives interdisent déjà les logiciels connectés chinois et bannissent le matériel équivalent à partir de 2030.

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Cette prudence affichée par la direction de Ford ne sort pas de nulle part. Dès le début du mois de juillet, Bill Ford, président exécutif du groupe et arrière-petit-fils du fondateur, avait lâché lors d’un événement organisé par Axios : « nous ne pouvons pas les tenir à l’écart indéfiniment ». Il avait ajouté qu’il fallait désormais « aller coup pour coup » face aux constructeurs chinois plutôt que de compter sur les seules mesures protectionnistes de Washington.

Un partenariat avec Geely à justifier

La réunion du 30 juillet servait aussi à un autre objectif pour Farley : expliquer à ses employés l’accord récemment signé entre Ford et le groupe chinois Geely. Ce rapprochement intervient alors que la marque chinoise a réussi, sur les trois premiers mois de 2026, à égaler les ventes du constructeur américain sur le marché européen — une performance qui illustre concrètement la montée en puissance des constructeurs chinois face aux historiques occidentaux.

La percée déjà entamée en Europe

Le scénario redouté par Ford aux États-Unis s’observe déjà de l’autre côté de l’Atlantique. En mai 2026, les véhicules chinois représentaient 10,5 % des ventes automobiles en Europe, contre 6 % en début d’année et seulement 3 à 4 % un an plus tôt. La marque BYD illustre cette dynamique : plus de 99 000 véhicules vendus sur le Vieux Continent lors des cinq premiers mois de l’année, une progression à trois chiffres.

Pour donner une mesure historique à ce basculement, l’industrie automobile américaine avait déjà connu un choc comparable face au Japon au début des années 1980. Tokyo produisait alors plus de 11 millions de véhicules annuels, ce qui avait poussé l’administration Reagan à imposer des quotas d’importation volontaires. Farley a lui-même établi ce parallèle dans une interview accordée à Business Insider, jugeant la menace chinoise actuelle encore plus sérieuse en raison de l’avance technologique acquise par des groupes comme BYD, Geely, Xiaomi et Huawei dans le véhicule électrique.

Face à cette échéance, Ford mise sur le développement de sa plateforme électrique universelle, censée réduire les coûts de production pour rivaliser directement avec les modèles chinois une fois les barrières commerciales assouplies.

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