Depuis la mi-juillet, seize régions russes ont vu leurs sites logistiques Wildberries frappés à vingt et une reprises par des drones ukrainiens. Ce bilan a précédé de quelques semaines la signature, le 24 août, d’un décret présidentiel autorisant l’État à placer sous administration temporaire toute entreprise jugée incapable de se protéger contre ces attaques.
Le texte, publié sur le portail officiel de publication des actes juridiques, vise les infrastructures d’énergie, d’industrie, de télécommunications, de transport et du secteur nucléaire. Toute installation qualifiée d’importance particulière pour la sécurité ou la stabilité économique du pays peut également être concernée.
Un critère de déclenchement flou
Le décret prévoit qu’une administration temporaire puisse être mise en place par décision du gouvernement de la Fédération de Russie, adoptée sur la base d’un ordre du président, dès lors qu’une entreprise n’a pas pris de mesures de sécurité adéquates ou n’a pas remis en état une installation endommagée dans des délais raisonnables. Le texte ne précise ni l’autorité chargée de constater ce manquement, ni les critères retenus pour l’évaluer.
Un cadre d’un grand groupe agroalimentaire, cité de façon anonyme par le média Forbes Russie, a estimé que la mesure servirait avant tout de prétexte administratif pour dessaisir des entreprises de leurs actifs les plus rentables.
Le mot « temporaire » contesté par les juristes
L’avocat Sergueï Ouchitel a alerté sur l’écart entre l’intitulé du texte et ses effets réels. D’après lui, une société placée sous gestion externe cesse de maîtriser ses choix opérationnels et finit, dans les faits, contrainte à une cession qui n’a de volontaire que le nom.
La publication du décret coïncide avec une hausse des frappes ukrainiennes visant les sites énergétiques et logistiques russes. Depuis samedi, six installations du groupe Ozon ont été touchées en trois jours. Le ministère russe de la Défense a annoncé avoir intercepté près de mille drones en vingt-quatre heures, un chiffre qui n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Des mesures fiscales annoncées le même jour
Le ministère des Finances a proposé, le 24 août, de reporter les échéances fiscales et les cotisations d’assurance de Wildberries et de ses vendeurs. Une aide a par ailleurs été envisagée pour les entreprises ayant perdu plus de cinq pour cent de leur revenu annuel du fait des frappes.
Ce décret prolonge une politique de renationalisation engagée depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, qui avait déjà conduit au transfert à l’État de plusieurs entreprises liées à des capitaux étrangers. La croissance du produit intérieur brut russe s’établit depuis à environ un pour cent, un niveau que Vladimir Poutine qualifie de modeste mais positif.
En mai, le Parlement russe avait déjà adopté un texte autorisant la Banque centrale et d’autres établissements financiers à installer des systèmes de défense aérienne dans leurs locaux. Le nouveau décret élargit cette logique en faisant de la capacité à se protéger des drones une condition du maintien de la propriété privée.



