Nucléaire : la France relance une base militaire stratégique après 15 ans d'abandon

Le ministère des Armées a lancé début juillet 2026 les premières démarches administratives liées aux futurs travaux de la base aérienne 116, à Luxeuil-Saint-Sauveur. Ce site de Haute-Saône avait perdu sa mission nucléaire en 2011, lorsque le dernier escadron équipé d’armes atomiques avait quitté les lieux.

Le projet, chiffré à 1,5 milliard d’euros, doit transformer la base en pôle d’accueil pour deux escadrons de Rafale porteurs de l’arme nucléaire. Selon les annonces gouvernementales, les premiers appareils devraient arriver à partir de 2032, avec un déploiement complet à l’horizon 2035-2036.

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Un site historique de la dissuasion française

L’histoire nucléaire de la base ne date pas d’hier. Inaugurée en novembre 1953 après sa construction selon les standards de l’Alliance atlantique, elle a accueilli dès 1966 des bombardiers Mirage IVA équipés de l’arme AN-22, puis des Mirage 2000N dotés du missile ASMP à partir de 1988. Pendant près de 55 ans, jusqu’à la dissolution de son dernier escadron en 2011, Luxeuil a participé directement à la frappe nucléaire française, avant d’être recentrée sur des missions de police du ciel avec ses Mirage 2000-5F.

Le site figure parmi les plus anciennes emprises militaires du pays : son terrain d’aviation remonte à 1911, avec une première installation d’escadrilles de bombardement dès 1916. Ses effectifs avaient culminé à environ 2 500 militaires au moment de la création de l’OTAN, avant de retomber à un peu plus de 1 000 personnes aujourd’hui, selon une étude de l’Insee publiée en 2025.

Un chantier contraint par le calendrier

Le colonel Emmanuel Roux, commandant de la base depuis septembre 2024, a détaillé les grandes étapes du projet. L’activité aérienne des Mirage 2000-5F doit s’arrêter dès 2029, pour une durée de trois ans, avant l’arrivée progressive des nouveaux Rafale. Les effectifs, temporairement réduits d’environ 30 %, devraient ensuite plus que doubler pour dépasser les 2 000 militaires et civils.

Le futur missile associé, l’ASN4G, reste lui-même en développement. Luxeuil devrait en devenir la première base d’accueil en France, une fois l’appareil et l’arme arrivés à maturité opérationnelle. Roux résume l’ampleur du défi : « On a 10 ans pour construire la première base de France avec des avions qui n’existent pas, une arme nucléaire qui n’existe pas, et des mécaniciens qui sont encore au lycée. »

Une base à vocation nucléaire parmi quatre

Avec cette transformation, Luxeuil rejoindra le cercle restreint des bases aériennes françaises à vocation nucléaire, aux côtés de Saint-Dizier, Istres et Avord. Actuellement, seule la base de Saint-Dizier, en Haute-Marne, héberge des Rafale porteurs de l’arme atomique.

L’annonce présidentielle de mars 2025 avait confirmé le calendrier initial dévoilé par le ministère des Armées dès juin 2024. Le projet doit également renforcer les dispositifs de sécurité du site, les installations nucléaires nécessitant des protections spécifiques par rapport aux autres emprises militaires. Sur le plan économique, la base reste aujourd’hui le troisième employeur de Haute-Saône, derrière le groupe Stellantis et le centre hospitalier de Vesoul, selon les chiffres de l’Insee.

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