Le Bénin doit trouver chaque année 1 370 milliards de FCFA supplémentaires jusqu’en 2030 pour financer son développement. Ce montant, soit 2,43 milliards de dollars US au taux de change courant, ressort du Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement (Bad), publié fin juillet 2026 sous le titre « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Bénin dans un monde fragmenté ».
Un déficit d’efficacité dans l’investissement public
Le rapport révèle également des marges de progression dans la gestion de l’argent public. D’après les estimations de la Bad, seuls 56 % des ressources injectées dans l’investissement public béninois produisent réellement leurs effets, contre 59 % en moyenne sur le continent — un écart qui laisserait entrevoir une marge de gain de 44 %. L’institution plaide dès lors pour un renforcement des dispositifs de préparation de projets, chargés de financer les études préalables et le travail de maturation indispensable à la constitution d’un portefeuille de projets bancables.
Le constat vaut également pour les partenariats public-privé. Entre 2023 et 2024, seuls trois projets sur les douze lancés au Bénin ont finalement bouclé leur montage financier, selon des données de la Facilité africaine de soutien juridique reprises par la Bad. Un taux qui traduit, selon le rapport, les obstacles rencontrés pour concrétiser ces projets en investissements réels : études techniques et économiques encore incomplètes, demande mal évaluée, ou montage financier insuffisamment abouti.
Trois leviers pour attirer le secteur privé
Présentant les conclusions du rapport, Dr Tankien Dayo, économiste pays principal de la Bad, a décrit trois pistes permettant d’ouvrir davantage de financements aux infrastructures via les Ppp. La première repose sur une aide ciblée qui rend bancable un projet insuffisamment rentable pour séduire seul les investisseurs privés : quand la rentabilité d’un projet ne suffit pas à convaincre le secteur privé, une subvention bien calibrée peut le rendre attractif, a-t-il précisé. La deuxième piste, la valorisation d’actifs publics déjà existants, vise à en tirer des ressources pour financer de nouveaux ouvrages. La troisième consiste à convertir les revenus futurs en instruments financiers échangeables sur les marchés de capitaux, via la titrisation. L’institution évoque en complément la possibilité de mettre en place un fonds souverain, en prévision des revenus que le pays pourrait tirer de ses futures ressources extractives.
Une combinaison de financements à construire, sur fond de dynamisme économique
Pour l’institution panafricaine, aucune solution unique ne suffira. La réponse devra combiner mobilisation des ressources intérieures, partenariats public-privé, recours aux marchés de capitaux, financements innovants et, à terme, un éventuel fonds souverain.
Ce besoin de financement reflète une trajectoire de croissance déjà soutenue : l’économie béninoise est passée de 7,2 % de croissance en 2021 à 8,1 % en 2025, portée par les travaux publics, le textile et l’agroalimentaire. Le portefeuille actif de la Bad au Bénin avoisinait, la même année, 1,3 milliard de dollars répartis sur 17 opérations couvrant l’énergie, les transports, l’agriculture et la gouvernance publique.
À titre de rappel, l’institution finançait déjà en 2010 un projet routier béninois de 26 milliards de FCFA reliant Ndali à la frontière nigériane, une opération modeste comparée aux volumes aujourd’hui réclamés. L’écart entre ces engagements passés et les 2,43 milliards de dollars annuels désormais évoqués donne la mesure du changement d’échelle attendu par la Bad d’ici 2030.



