Le Bénin a présenté jeudi 10 septembre 2026 à Cotonou les résultats de sa deuxième Évaluation nationale des risques (ENR) liés au blanchiment de capitaux, au financement du terrorisme et au financement de la prolifération. Le document fait apparaître une baisse du niveau global de risque associé au blanchiment, tandis que le financement du terrorisme constitue désormais un point de vigilance plus important.
Un profil de risque qui évolue
Cette nouvelle évaluation actualise celle réalisée en 2018. Elle intègre aussi, pour la première fois, l’analyse du financement de la prolifération des armes de destruction massive, dont le niveau de risque est évalué comme moyen.
Selon les résultats présentés lors de l’atelier national de diffusion, plusieurs facteurs continuent de fragiliser le dispositif béninois. L’usage des espèces, l’importance du secteur informel et les mouvements financiers transfrontaliers figurent parmi les vulnérabilités relevées. Les autorités doivent aussi améliorer la qualité des données disponibles, la transparence ainsi que l’efficacité des contrôles et des sanctions.
Le ministre chargé des Finances et de la Microfinance, Nicolas Yènoussi, a appelé les différents acteurs à utiliser les conclusions de l’ENR pour guider les actions prévues dans la Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération pour la période 2026-2030.
La Coopération allemande, qui a accompagné le processus avec le soutien de l’Union européenne, considère cette démarche comme un enjeu qui dépasse la seule conformité financière. Selon Rike Sohn, cheffe de la Coopération de l’Ambassade d’Allemagne près le Bénin, les flux illicites peuvent réduire les ressources disponibles pour les services publics, perturber la concurrence et affecter la confiance des investisseurs.
Les déclarations suspectes doivent être interprétées avec prudence
Un indicateur permet de replacer cette nouvelle évaluation dans son contexte. Le rapport d’activités 2025 de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) fait état de 529 déclarations d’opérations suspectes reçues au cours de l’année, contre 510 en 2024 et 443 en 2023.
La progression concerne aussi les signalements associés au financement du terrorisme. La CENTIF en a recensé 11 en 2025, alors qu’aucune déclaration de cette nature n’avait été enregistrée en 2023 et 2024. Mais ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer que les opérations de financement du terrorisme ont augmenté dans les mêmes proportions.
La CENTIF estime que cette évolution « pourrait traduire une meilleure prise en compte de ce risque spécifique », à la suite des actions de sensibilisation et du renforcement du cadre réglementaire. Une déclaration d’opération suspecte correspond à un signalement effectué lorsqu’une opération paraît nécessiter une analyse financière approfondie ; elle ne constitue donc pas automatiquement la preuve d’une infraction.
Des mesures attendues avant l’évaluation de 2028
Les recommandations issues de l’ENR appellent les banques, institutions de microfinance, assurances, notaires, avocats et agents immobiliers à revoir leurs propres cartographies des risques et leurs procédures de vigilance.
Le partage d’informations entre administrations, le renforcement des contrôles et le recours aux outils technologiques pour mieux suivre les transactions figurent aussi parmi les priorités évoquées lors de l’atelier.
Ces mesures interviennent alors que le Bénin doit préparer sa prochaine évaluation mutuelle par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), prévue en 2028. La nouvelle ENR doit ainsi servir de base au suivi des risques identifiés et à la mise en œuvre des mesures correctrices durant les prochaines années.



