Plus de 18 médicaments traditionnels sont homologués au Burkina Faso depuis plusieurs années et reconnus pour leur utilisation, selon le ministère de la Santé. L’annonce a été faite à Manga, à l’occasion de la 14e Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative, ouverte dimanche 30 août 2026.
Cette reconnaissance intervient alors que la médecine traditionnelle occupe une place importante dans les habitudes de soins du pays. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 80 % de la population burkinabè recourt régulièrement à la médecine traditionnelle et aux plantes médicinales pour traiter différentes pathologies.
Un recours important pour les populations
La place de la médecine traditionnelle s’explique en partie par son ancrage dans les pratiques locales et par la disponibilité de nombreuses ressources végétales utilisées depuis des générations. L’OMS considère que ces connaissances constituent un potentiel pour les systèmes de santé africains, à condition que les produits proposés répondent à des exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité.
Au Burkina Faso, cette activité ne relève plus uniquement de la transmission des savoirs traditionnels. L’État a progressivement établi un cadre pour organiser la pratique et encadrer les produits issus de la pharmacopée. La médecine traditionnelle est ainsi reconnue dans le Code de santé publique depuis 1994. Cette évolution donne une place plus structurée aux tradipraticiens et aux médicaments traditionnels dans la politique sanitaire du pays.
La recherche scientifique accompagne la pharmacopée
La valorisation de cette médecine repose aussi sur le travail des chercheurs burkinabè. L’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) dispose d’un département consacré à la médecine traditionnelle, à la pharmacopée et à la pharmacie. Ses travaux portent sur l’identification des molécules actives des plantes médicinales, le contrôle de la qualité, la standardisation des formulations et l’évaluation préclinique de leur innocuité et de leurs propriétés pharmacologiques.
Cette démarche cherche à transformer certains savoirs issus de la pharmacopée en produits pouvant être évalués et utilisés dans un cadre réglementé. L’OMS rappelle d’ailleurs que l’enregistrement des médicaments traditionnels doit prendre en compte leur qualité, leur sécurité, leur efficacité ainsi que leur production et leur distribution.
Un secteur lié à la souveraineté sanitaire
Pour les autorités, la médecine traditionnelle peut ainsi contribuer à élargir l’offre de soins et à valoriser les ressources endogènes. La directrice de la médecine traditionnelle et alternative, Mariam Bagagnan, a insisté sur la nécessité d’associer les connaissances traditionnelles à la recherche et à la réglementation. L’histoire de cette politique remonte à plusieurs décennies. Un institut consacré à la recherche sur les substances naturelles a été créé en 1978, avant la reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle dans le Code de santé publique en 1994.
La nouvelle étape annoncée à Manga concerne donc moins la découverte récente de ces pratiques que leur encadrement progressif. Pour le gouvernement, l’autorisation d’exercice, l’homologation des produits et l’évaluation de leur efficacité et de leur innocuité doivent permettre de mieux protéger les usagers tout en renforçant la contribution de la pharmacopée traditionnelle au système de santé burkinabè.



On n’est pas tombé de nulle part. On avait nos médicaments (dosages et tout avant l’arrivée du colon).
Si on ne se réinvente pas, tout va disparaître. Et n’y a pas pire esclavage que la perte de soi-même.