La raffinerie Dangote, au Nigeria, s’est emparée d’une partie des volumes de carburant d’aviation que l’Europe ne reçoit plus du Moyen-Orient depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Au deuxième trimestre 2026, le continent a importé environ 80 000 barils par jour de kérosène depuis la raffinerie de Lagos, un volume couvrant près de 13% du manque provoqué par cette fermeture décidée par l’Iran en réponse aux frappes américano-israéliennes, selon les données de la société Kpler.
Ce déficit prolonge une crise du carburant ouverte il y a plus de six mois. Après la fermeture du détroit d’Ormuz fin février par l’Iran, le diesel a atteint en France un record historique de 2,21 euros le litre le 24 mars, tandis que 677 stations-service se trouvaient en rupture partielle ou totale d’approvisionnement à la même période. En Allemagne, plus exposée au gaz, les prix de l’électricité forward ont grimpé jusqu’à 90-92 euros le mégawattheure après la suspension des livraisons de gaz naturel liquéfié qatari, qui transitait lui aussi par le détroit. Six mois plus tard, les marchés cherchent toujours à compenser la moitié des volumes de kérosène que l’Europe recevait auparavant du Moyen-Orient, et Dangote figure parmi les principaux bénéficiaires de ce réajustement.
Le Nigeria comble une partie du vide laissé par le Moyen-Orient
Construite pour 20 milliards de dollars et entrée en service en 2024 avec une capacité d’environ 650 000 barils par jour, la raffinerie de Lagos avait d’abord été conçue pour mettre fin à la dépendance du Nigeria aux importations de carburant. La crise autour du détroit d’Ormuz lui a ouvert un débouché inattendu vers le nord. Sur la période, Dangote est devenu le premier fournisseur de kérosène de l’Europe, le Nigeria ne se classant que derrière les États-Unis parmi les pays fournisseurs, selon Kpler. Pour l’analyste de Rystad Energy Janiv Shah, sans Dangote, l’Europe aurait quand même trouvé du carburant, mais à un prix d’équilibre plus élevé.
Diesel et gazole également renforcés
Au-delà du kérosène, les exportations de diesel et de gazole de la raffinerie ont progressé de 23% pour atteindre environ 48 000 barils par jour en 2026, des volumes destinés à l’Afrique de l’Ouest et à l’Europe. Selon l’analyste de Kpler Sumit Ritolia, ces barils ont de plus en plus approvisionné l’Afrique de l’Ouest et l’Europe, contribuant à soulager un marché des distillats moyens autrement tendu. Ce résultat s’ajoute à un bénéfice net de 1,82 milliard de dollars pour la raffinerie sur le premier semestre 2026, contre une perte de 476 millions de dollars sur l’ensemble de 2025, selon son prospectus d’introduction en Bourse.
L’Europe reste sous tension malgré les renforts
Les flux nigérians n’ont pas suffi à desserrer complètement la pression sur le marché européen. Les stocks détenus de manière indépendante dans le centre de raffinage et de stockage d’Amsterdam-Rotterdam-Anvers ont atteint leur plus bas niveau depuis sept ans dans la semaine précédant le 10 septembre. Pour combler l’écart, l’Europe a aussi importé du kérosène coréen : les volumes en provenance de la Corée du Sud ont atteint 129 000 barils par jour en septembre, un niveau inédit depuis octobre 2022.
Le cabinet Energy Aspects prévoit un déficit européen de kérosène de 510 000 barils par jour au quatrième trimestre, contre des excédents aux États-Unis et en Asie-Pacifique. Dangote a lancé, le 14 septembre, une introduction en Bourse sur le marché nigérian, et viserait un doublement de sa capacité à 1,4 million de barils par jour d’ici 2029 pour consolider sa place sur le marché européen.



