Consommation énergétique : le Maroc face à un réel problème malgré ses investissements massifs

Le Maroc a davantage recours à l’électricité importée pour répondre à sa demande intérieure en 2026. Au premier semestre, la consommation électrique a progressé de 8,4 %, contre seulement 1,6 % pour la production nationale, selon la Note de conjoncture n°354 publiée le 31 août 2026 par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF).

L’écart est significatif : la demande a augmenté plus de cinq fois plus rapidement que l’offre produite sur le territoire. Cette situation intervient alors que le Royaume consacre des moyens considérables au développement de ses capacités électriques, particulièrement dans les énergies renouvelables.

Une demande qui avance beaucoup plus vite que la production

La progression de la consommation n’est pas nouvelle. Elle avait atteint 15 % au premier semestre 2025, avant de ralentir à 8,4 % cette année. La production nationale, elle, a suivi le mouvement inverse : sa croissance est passée de 5,8 % à seulement 1,6 % sur les mêmes périodes.

Le deuxième trimestre apporte toutefois un signe d’amélioration, avec une hausse de 4 % de la production. Cette progression reste insuffisante pour combler l’écart accumulé avec la demande.

La conséquence apparaît dans les échanges extérieurs. Les importations d’électricité ont augmenté de 34,6 % à fin juin, après une hausse de 20,2 % un an auparavant. Dans le même temps, les exportations ont chuté de 41,5 %. Le Maroc achète donc davantage d’électricité à l’extérieur au moment où sa consommation intérieure augmente fortement.

Ce recours aux importations intervient alors que le pays disposait déjà d’échanges importants avec l’Espagne. En 2025, les livraisons espagnoles avaient représenté environ 8 % de la demande électrique marocaine, selon les données rapportées par Bladi.

Les renouvelables progressent, mais ne règlent pas encore le déficit

Le paradoxe marocain apparaît surtout dans l’évolution des différentes sources de production. L’électricité renouvelable issue des installations relevant de la loi 13-09 a progressé de 21,1 % au premier semestre 2026. La contribution des tiers nationaux a, elle, bondi de 227,9 %, tandis que la production privée n’a avancé que de 0,9 %.

Ces chiffres montrent que certaines capacités progressent rapidement. Ils ne suffisent toutefois pas à empêcher la production nationale globale de rester très en dessous du rythme de croissance de la consommation.

Le Maroc poursuit pourtant un programme d’investissement de grande ampleur. Le plan d’équipement de l’ONEE pour 2026-2030 prévoit 177 milliards de dirhams pour le secteur électrique, dont 104 milliards destinés au développement des capacités renouvelables. Le programme doit ajouter 11,6 GW de capacités renouvelables et 2,6 GW de stockage.

Le stockage constitue un enjeu central : produire davantage de solaire et d’éolien ne garantit pas une disponibilité permanente de l’électricité lorsque la demande est forte. Le plan prévoit donc aussi des batteries, une station de transfert d’énergie par pompage et des moyens de production au gaz destinés à assurer la flexibilité du système.

Un investissement massif face à une demande appelée à augmenter

Le Royaume cherche ainsi à augmenter rapidement ses capacités tout en renforçant son réseau. L’ONEE vise un dépassement dès 2028 de l’objectif de 52 % d’énergies renouvelables dans la capacité électrique installée.

Mais cette proportion concerne la capacité installée, et non la quantité d’électricité effectivement produite ou consommée. C’est précisément là que se situe une partie du défi : les nouvelles capacités doivent être accompagnées de moyens de stockage, de transport et de production flexible capables de répondre aux pics de demande.

Le Maroc se trouve donc face à un problème de rythme. Ses investissements énergétiques accélèrent, mais, au premier semestre 2026, la consommation a progressé beaucoup plus vite que la production nationale, contraignant le Royaume à augmenter ses importations. Si cette dynamique se prolonge avec l’industrialisation et l’électrification de nouveaux usages, l’enjeu sera moins d’annoncer de nouvelles capacités que de les rendre disponibles assez rapidement pour suivre la demande.

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