Maroc-Espagne : l’OTAN choisit son camp en cas de déclenchement d’une guerre hybride à Ceuta

Ceuta et Melilla pourraient-elles bénéficier de la défense collective de l’OTAN en cas de confrontation hybride ? La question a été relancée jeudi 17 septembre 2026 par Javier Colomina, représentant spécial de l’Alliance pour le voisinage Sud, après la crise migratoire survenue à Ceuta fin juillet. Il a assuré que les alliés soutiendraient l’Espagne si Madrid décidait d’invoquer l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord.

Lors du forum « Dialogues pour la sécurité », organisé à Madrid, Colomina a estimé qu’il était « difficile de ne pas penser » qu’un élément de guerre hybride puisse se trouver derrière les arrivées massives de migrants enregistrées à Ceuta les 30 et 31 juillet. Il a rappelé que l’OTAN considère désormais, sur le plan conceptuel, qu’une campagne hybride suffisamment grave peut relever de l’article 5.

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L’article 5 ne serait pas automatique

La déclaration du responsable de l’OTAN ne signifie pas qu’une arrivée massive de migrants déclencherait automatiquement une intervention de l’Alliance. Colomina a lui-même précisé que Madrid devrait d’abord décider d’invoquer l’article 5, avant que le Conseil de l’Atlantique Nord examine la demande.

Il a également reconnu que le commandement allié chargé des opérations en Europe ne couvre pas actuellement Ceuta et Melilla. Selon lui, la question relèverait donc d’abord d’une décision politique. « Il n’y a aucun automatisme », a-t-il précisé, le Conseil de l’Atlantique Nord devant déterminer s’il apporte ou non son soutien.

La crise migratoire de juillet a pris une ampleur exceptionnelle. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, 72 000 personnes sont entrées irrégulièrement à Ceuta lors de cette séquence, chiffre confirmé par le gouvernement espagnol en août. Le 30 juillet, le ministère avait d’abord évalué à environ 50 000 le nombre d’arrivées.

Un rapport de la police espagnole transmis à la justice a ensuite décrit les événements comme une opération « planifiée » et non spontanée, évoquant également l’implication de personnes liées aux forces de sécurité marocaines. Ces éléments relèvent toutefois des conclusions de ce rapport et ne constituent pas, à eux seuls, une qualification officielle de l’événement comme une opération de guerre hybride.

Une précédente crise avait déjà impliqué l’Espagne et le Maroc

La question de la sécurité des territoires espagnols d’Afrique du Nord avait déjà provoqué une crise militaire entre Madrid et Rabat en 2002.

Le 11 juillet de cette année-là, des membres de la gendarmerie marocaine avaient débarqué sur l’îlot Perejil, situé à proximité de Ceuta, et y avaient installé un dispositif temporaire. Après plusieurs jours de démarches diplomatiques, l’Espagne a lancé le 17 juillet une opération militaire pour reprendre le contrôle de l’îlot. Le gouvernement espagnol avait alors indiqué au Parlement que l’objectif était de revenir à la situation qui prévalait avant l’occupation marocaine.

L’épisode avait aussi fait apparaître une question qui revient aujourd’hui dans le débat sur l’article 5 : la couverture exacte des territoires espagnols situés en Afrique du Nord par les mécanismes de défense collective de l’OTAN. En 2002, l’Alliance n’avait pas considéré la crise de Perejil comme une agression déclenchant la défense collective, selon les débats parlementaires espagnols de l’époque.

Vingt-quatre ans plus tard, l’hypothèse évoquée par Colomina place à nouveau Ceuta, le Maroc et l’OTAN dans une même équation stratégique, cette fois autour de la possibilité d’une action hybride et de la portée politique de l’article 5.

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