Le soutien du Mouvement des non-alignés à la Confédération des États du Sahel a été sollicité par le Mali, mardi 1er septembre 2026, à Belgrade, en Serbie. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a porté la voix de son pays lors du débat général de la réunion commémorative marquant le 65e anniversaire de la première Conférence des pays non-alignés, tenue les 31 août et 1er septembre.
Un plaidoyer centré sur la souveraineté
Devant le président serbe Aleksandar Vučić et la vice-présidente ougandaise Jessica Alupo, représentante en exercice du mouvement, le chef de la diplomatie malienne a dressé la liste des crises qui, selon lui, menacent l’avenir des pays du Sud : instabilité sécuritaire, difficultés économiques, dérèglement climatique, tensions sociales, mais aussi guerre informationnelle et manipulation de l’information à des fins de déstabilisation. Face à ce constat, Diop a exhorté le mouvement à revenir à ses valeurs fondatrices — le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays, ainsi que la promotion de la coopération internationale et de l’autonomie stratégique des États du Sud.
Le ministre a plaidé pour une refonte des rapports entre pays du Nord et pays du Sud, en réclamant davantage de représentation pour les nations africaines, asiatiques, latino-américaines et caribéennes, estimant qu’aucun État ne peut affronter seul les crises mondiales actuelles. Il a par la même occasion condamné les sanctions et mesures coercitives unilatérales frappant certains pays, ainsi que ce qu’il a décrit comme une instrumentalisation politique et géopolitique de la question des droits humains. Diop a affirmé que les objectifs de la confédération sahélienne « cadrent parfaitement avec les valeurs du mouvement des non-alignés », avant de solliciter formellement l’accompagnement des États membres envers la démarche entreprise par Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Le ministre a par ailleurs situé la crise sahélienne dans un cadre plus large, l’attribuant à l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011, présentée comme le point de départ d’une stratégie extérieure de déstabilisation ayant plongé la région dans l’instabilité sécuritaire, politique et institutionnelle.
Le rôle fondateur du Mali
La délégation malienne a insisté sur la participation de son pays comme membre fondateur du Mouvement des non-alignés, né à Belgrade le 1er septembre 1961 sous l’impulsion du président yougoslave Josip Broz Tito. Diop a rappelé la contribution du premier président malien, Modibo Keïta, qui avait distingué le non-alignement du simple non-engagement, en défendant une indépendance active contre le colonialisme sans allégeance à un bloc. Plus de 30 délégations ont pris part à cette rencontre commémorative organisée au Palais de Serbie, dont des représentants de la troïka dirigeante du mouvement, composée de l’Azerbaïdjan, de l’Ouganda et de l’Ouzbékistan. En marge des travaux, Diop s’est également entretenu, le 31 août, avec son homologue serbe Marko Đurić, ainsi qu’avec le ministre serbe de l’Intérieur Ivica Dačić.
Une trajectoire d’autonomie assumée par l’AES
L’appel lancé à Belgrade prolonge une ligne diplomatique déjà affichée par les trois capitales sahéliennes. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont acté leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, effectif début 2025, après avoir quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars de la même année. Diop a défendu, à Belgrade, « le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États » et la non-ingérence dans les affaires intérieures comme piliers de la démarche confédérale.
Cette revendication d’autonomie ne se limite pas au registre diplomatique. Les trois pays ont engagé, depuis 2023, la construction d’instruments communs — passeport biométrique, carte d’identité confédérale, droit de douane commun de 0,5 % appliqué depuis mars 2025, et banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), dotée de 500 milliards de FCFA et inaugurée le 23 décembre 2025 à Bamako — censés traduire concrètement cette souveraineté revendiquée sur les plans sécuritaire, économique et institutionnel.
L’appel formulé devant le Mouvement des non-alignés s’ajoute ainsi à une série de démarches entreprises par Bamako, Ouagadougou et Niamey pour élargir les soutiens extérieurs à ce projet confédéral, dans un cadre régional marqué par les opérations sécuritaires en cours au Sahel.