Moscou prépare une extension industrielle capable de livrer 28 000 drones tueurs supplémentaires chaque année. Des documents internes de la société d’État Rosatom, obtenus par le média américain POLITICO et publiés le 20 septembre, révèlent un projet d’agrandissement de l’usine Alabuga-Volokno, au Tatarstan.
Cette révélation tombe en pleine escalade sur le front. Dans la nuit du 18 au 19 septembre, la Russie a tiré 174 drones et deux missiles hypersoniques Zircon sur l’Ukraine, tuant au moins 11 personnes ; dans la seule région de Kharkiv, l’armée russe a combiné deux missiles, cinq bombes aériennes guidées et près de 60 drones, faisant 5 morts et 15 blessés, tandis que celle de Sumy recensait 50 attaques contre 21 localités en une nuit. Le lendemain, 19 au 20 septembre, l’Ukraine a répliqué avec sa plus vaste attaque de drones jamais lancée contre le territoire russe : plus d’un millier d’appareils ont visé la Russie, dont plusieurs centaines dirigés sur Moscou, où le maire Sergueï Sobianine a fait état de dégâts sur une raffinerie de pétrole lors du dernier jour des élections législatives. Côté ukrainien, le gouverneur de la région de Kiev a dénombré 31 sites touchés par les frappes russes la même nuit, parmi lesquels des immeubles d’habitation. C’est dans cette situation que le projet d’expansion industrielle russe prend tout son relief.
Une usine agrandie au Tatarstan d’ici 2029
Selon les documents consultés par Politico, la nouvelle ligne de production de l’usine, installée dans la zone économique spéciale d’Alabuga, doit fabriquer 500 tonnes supplémentaires de fibre de carbone de qualité aérospatiale par an d’ici 2029. Ce matériau sert à renforcer les ailes, le réservoir et les structures internes des drones longue portée de type Geran, dérivés du modèle iranien Shahed. D’après un expert cité par Politico, ce volume additionnel permettrait de construire 28 000 engins armés de plus chaque année, soit une hausse de 78 % par rapport à la production actuelle. Des images satellite prises entre mai et juillet montreraient déjà des travaux de terrassement autour du site, confirmant le début du chantier.
Des documents vérifiés par Washington et Kiev
L’authenticité des documents aurait été confirmée indépendamment par un comité de la Chambre des représentants américaine ainsi que par le gouvernement ukrainien. Alabuga-Volokno, filiale du groupe Umatex rattaché à Rosatom, figure sous sanctions occidentales depuis 2023. « On ne peut pas construire un drone sans fibre de carbone, et on ne peut pas la remplacer sans alourdir l’appareil », a expliqué l’expert en armement David Albright. Le responsable ukrainien Serhii Kuzan estime pour sa part que cette montée en puissance industrielle ne représente pas seulement un danger pour le front ukrainien, mais une menace durable pour la sécurité de l’ensemble du continent européen.
Un site déjà pointé du doigt pour ses approvisionnements
L’usine tatare n’en est pas à sa première controverse. Début septembre, une enquête distincte de Politico et du Telegraph avait révélé qu’une entreprise publique chinoise, Jilin Chemical Fiber Group, avait livré 46 tonnes de précurseurs chimiques à ce même site plus tôt dans l’année, en les déclarant sous un code douanier réservé aux fibres civiles. De quoi fabriquer, selon les estimations, les composants d’environ 1 300 drones supplémentaires. Pour rappel, Alabuga assemble des drones de conception iranienne depuis 2023 et constitue aujourd’hui le seul fournisseur russe de fibre de carbone aérospatiale, un matériau que Moscou ne parvient pas à produire en quantité suffisante par ses propres moyens.



