Gaz: le Maroc pourrait-il concurrencer l'Algérie avec le projet de Guercif ?

Le forage du puits MOU-6 à Guercif ouvre une nouvelle étape dans la stratégie gazière du Maroc. Avec environ 3,5 milliards de m³ de ressources contingentes récupérables ciblées, le projet doit surtout démontrer que le gaz identifié peut être produit à un débit commercial. Un potentiel encore très éloigné des capacités algériennes, mais qui pourrait renforcer progressivement la position énergétique du Royaume.

Le Maroc veut-il devenir davantage qu’un simple consommateur de gaz ? Le lancement du forage du puits MOU-6 à Guercif, le 19 septembre, apporte un nouvel élément à cette question. L’opérateur Predator Oil & Gas prévoit jusqu’à vingt jours d’opérations pour atteindre une profondeur d’environ 925 mètres et évaluer le potentiel de la structure TGB-6.

(📲 Ne ratez aucune de nos news géopolitiques! Rejoignez 👉 LNT Inter sur WhatsApp !)

Derrière ce forage se joue un enjeu plus large : savoir si les ressources gazières identifiées dans l’est du Maroc peuvent franchir le cap de la production commerciale. Une réussite ne ferait pas immédiatement du Royaume un concurrent de l’Algérie, mais elle pourrait contribuer à réduire progressivement l’écart énergétique entre les deux pays.

Guercif : le gaz est connu, le potentiel commercial reste à démontrer

Le forage de MOU-6 n’a pas pour objectif de rechercher du gaz à partir de zéro. Des opérations précédentes avaient déjà apporté des indications sur la présence de gaz dans la zone de Guercif. Le véritable test porte désormais sur la capacité du réservoir à produire à un débit suffisamment important et durable pour justifier une exploitation commerciale.

C’est un point essentiel. La présence de gaz dans le sous-sol ne signifie pas automatiquement qu’un gisement est rentable. Entre une ressource identifiée et une production commerciale, il faut démontrer les volumes récupérables, les débits, la qualité du gaz, les conditions techniques d’exploitation et la viabilité économique du projet. MOU-6 doit justement apporter une partie de ces réponses.

3,5 milliards de m³ : un chiffre important pour le Maroc, mais modeste face à l’Algérie

Le rapport technique associé au projet estime à environ 3,5 milliards de m³ les ressources contingentes récupérables ciblées par MOU-6. Une cible plus large est associée à environ 18,8 milliards de m³ de ressources prospectives. Ces chiffres restent toutefois des estimations de ressources et non des réserves prouvées. Leur transformation en production dépendra notamment des résultats du forage et des essais.

Pour mesurer l’écart avec l’Algérie, les ordres de grandeur sont tout autres. L’Algérie dispose d’environ 4 500 milliards de m³ de réserves prouvées de gaz naturel et produit autour d’une centaine de milliards de m³ par an. Une partie importante de cette production est exportée vers les marchés internationaux, notamment européens.

La comparaison doit donc être faite avec prudence : 3,5 milliards de m³ de ressources contingentes à Guercif ne peuvent pas être comparés directement à 4 500 milliards de m³ de réserves prouvées algériennes.

Mais le chiffre reste stratégique pour le Maroc. Si une partie significative du potentiel de Guercif se transforme effectivement en production, elle pourrait contribuer à augmenter l’offre nationale et à réduire une partie de la dépendance du Royaume aux importations.

Le Maroc ne cherche pas encore à remplacer l’Algérie

Parler de concurrence avec l’Algérie est donc davantage une question de trajectoire que de situation actuelle. L’Algérie possède une industrie gazière mature, de grandes réserves, des infrastructures d’exportation et une présence ancienne sur le marché européen. Le Maroc se trouve à un stade beaucoup plus précoce.

Son objectif immédiat est plutôt de développer une production nationale suffisante pour répondre à une partie de ses besoins, notamment ceux de l’industrie.

Cette évolution pourrait également améliorer la sécurité énergétique du pays. Une production domestique plus importante réduirait mécaniquement la nécessité de dépendre exclusivement des achats sur les marchés internationaux.

La proximité du gazoduc Maghreb-Europe change les perspectives

Guercif possède toutefois un élément géographique intéressant : sa proximité avec le gazoduc Maghreb-Europe (GME). Cette infrastructure relie le Maroc à l’Espagne et donne potentiellement au projet un avantage en matière d’infrastructures si les ressources de Guercif sont confirmées et développées à une échelle suffisante.

Il serait toutefois prématuré d’en déduire que le gaz de Guercif pourrait prochainement être exporté vers l’Europe. Avant d’en arriver là, plusieurs étapes doivent être franchies : confirmation des volumes, démonstration de débits commerciaux, décision d’investissement, développement des installations de production et éventuelle connexion aux infrastructures existantes. Pour l’heure, le marché marocain constitue l’enjeu le plus immédiat.

Le véritable enjeu se trouve dans les prochaines semaines

Le résultat de MOU-6 sera donc plus important que le simple succès technique du forage. Si le puits confirme des débits commerciaux, Predator disposera d’éléments supplémentaires pour envisager un développement pilote. Le projet pourrait alors passer progressivement de l’exploration à une phase de valorisation du gaz.

C’est cette transition qui pourrait donner à Guercif une importance particulière dans la stratégie énergétique marocaine. Le Maroc ne dispose aujourd’hui ni des réserves ni de la capacité de production de l’Algérie. Guercif ne suffira évidemment pas, à lui seul, à inverser cette situation. Mais si le potentiel annoncé se confirme, le projet pourrait constituer une nouvelle brique dans la construction d’une industrie gazière marocaine plus importante.

La question n’est donc peut-être pas de savoir si Guercif peut demain concurrencer l’Algérie, mais plutôt s’il peut contribuer à réduire progressivement l’écart entre les deux pays sur le terrain du gaz. MOU-6 doit justement permettre de savoir si cette ambition repose sur une ressource réellement exploitable.

Laisser un commentaire