Sahara occidental : la bataille diplomatique s'accélère entre l'Algérie et le Maroc

Le Maroc et l’Algérie intensifient leurs manœuvres diplomatiques à l’approche d’une échéance cruciale pour le Sahara occidental. Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a rencontré le secrétaire général de l’ONU António Guterres à New York le 17 septembre, à six semaines de l’expiration du mandat de la Minurso, fixée au 31 octobre 2026, qui obligera le Conseil de sécurité à trancher sur l’avenir de la mission onusienne présente depuis 1991 dans le territoire disputé. Alger, de son côté, mise sur un désengagement progressif de Washington vis-à-vis de ce dossier.

Rabat resserre ses contacts diplomatiques

Lors de leur entretien, les deux responsables ont abordé la paix et la sécurité sur le continent africain ainsi que la situation au Moyen-Orient, selon un communiqué de l’ONU. Guterres aurait aussi salué la contribution du royaume aux opérations de maintien de la paix des Nations unies. Cette rencontre survient dans le cadre d’une séquence plus large de contacts menés par la diplomatie marocaine en marge de la 81e session de l’Assemblée générale, à un moment où le dossier saharien entre dans sa phase la plus déterminante depuis l’adoption de la résolution 2797 en octobre 2025.

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Ce texte, rédigé par Washington et voté par 11 pays sur 15, avait pour la première fois désigné le plan d’autonomie marocain comme une base sérieuse de règlement du conflit. Trois pays s’étaient abstenus — la Chine, la Russie et le Pakistan — tandis que l’Algérie n’avait pas pris part au vote.

Alger ménage ses relations avec Washington

Du côté algérien, la stratégie suit une logique plus discrète. Le conseiller de la Maison-Blanche pour l’Afrique, Massad Boulos, s’est rendu à Alger pour la troisième fois en quatorze mois le 13 septembre, un déplacement officiellement consacré à des discussions énergétiques avec le groupe Sonatrach. Le volet saharien aurait néanmoins bien été abordé lors de cet échange, selon le ministère algérien des Affaires étrangères, qui a précisé que les entretiens avaient porté sur trois dossiers régionaux : la Libye, le Sahel et le Sahara occidental. Le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, avait révélé sur la chaîne AL24 News que « l’Algérie était à deux doigts de voter pour la résolution » 2797, une bascule finalement écartée dans la nuit précédant le scrutin.

Cette absence de vote, loin d’écarter Alger du dossier, aurait au contraire renforcé son poids dans les négociations : l’influence algérienne sur le Front Polisario et l’accueil des camps de réfugiés sahraouis sur son territoire en font un interlocuteur que Washington ne peut contourner, quelles que soient les orientations prises par le Conseil de sécurité.

Washington étudie plusieurs scénarios pour la Minurso

Selon des informations rapportées par Africa Intelligence, l’administration américaine examinerait actuellement différentes options concernant le futur format de la mission onusienne. Une première piste consisterait à recentrer la Minurso sur la seule surveillance des tensions militaires entre le royaume et le Front Polisario, ce qui marquerait un abandon de son objectif originel d’organisation d’un référendum d’autodétermination. Un deuxième scénario envisagerait une réduction progressive des effectifs de la mission, un mouvement qui aurait déjà débuté dans les camps de Tindouf, en Algérie.

Ce possible réajustement intervient alors que le budget de la Minurso a déjà été revu à la baisse pour la période de juillet 2026 à juin 2027, passant à environ 63 millions de dollars contre 71 millions l’exercice précédent.

Deux lectures opposées d’un même dossier

Les positions des deux voisins nord-africains reposent sur des logiques diamétralement opposées depuis l’adoption de la résolution 2797. Le royaume y voit une reconnaissance inédite de sa souveraineté et multiplie les initiatives pour transformer cet acquis diplomatique en mécanisme durable, quitte à voir la Minurso évoluer vers un rôle strictement sécuritaire. L’Algérie, de son côté, présente sa non-participation au vote comme un désaccord sur le fond plutôt qu’un rejet du processus, son représentant permanent à l’ONU Amar Bendjama ayant justifié ce choix par un souci de cohérence avec les principes onusiens de décolonisation, tout en évitant toute rupture ouverte avec Washington. Alger mise désormais sur un recul progressif de l’intérêt américain pour ce dossier, quand Rabat cherche au contraire à l’inscrire durablement dans l’agenda diplomatique de Washington avant le vote du Conseil de sécurité.

Les prochaines semaines seront marquées par un travail de rédaction en coulisses à New York, où doit se négocier le texte qui déterminera le sort de la mission onusienne pour les mois à venir.

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