Guerre en Iran : l’ex-président Rohani défie la ligne du pouvoir et s’attire des critiques

L’ancien président iranien Hassan Rohani appelle à laisser la population se prononcer sur la poursuite du conflit, une position qui lui vaut une offensive des milieux ultraconservateurs et une demande d’enquête.

Hassan Rohani est désormais visé par des responsables ultraconservateurs après avoir défendu la possibilité de consulter les Iraniens sur la poursuite ou l’arrêt de la guerre. Sa prise de position intervient alors que Téhéran envisage les conditions d’un éventuel cessez-le-feu.

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Lors d’une rencontre avec d’anciens gouverneurs de province, l’ex-chef de l’État a défendu l’idée que la population devait pouvoir déterminer la voie à suivre si un accord répondant aux exigences iraniennes était trouvé. Il a ainsi évoqué l’hypothèse d’un conflit appelé à se prolonger pendant encore vingt ans : si les Iraniens l’acceptent, le pays pourrait poursuivre cette politique ; s’ils souhaitent une autre orientation, leur choix devrait être respecté.

Rohani a aussi estimé qu’une sortie du conflit devait rester compatible avec les intérêts du pays. Selon lui, une fin de la guerre permettrait de lancer la reconstruction et de réparer les dommages causés par les combats. Il a également accusé les médias publics iraniens de contribuer aux divisions internes.

Les ultraconservateurs réclament une enquête

Cette intervention a rapidement provoqué une réaction dans les milieux proches du pouvoir. Hossein Shariatmadari, directeur du quotidien ultraconservateur Kayhan, a demandé aux autorités judiciaires et sécuritaires d’examiner les déclarations de Rohani. Il a aussi associé l’ancien président à Mohammad Khatami, autre ancien chef de l’État, en dénonçant leurs positions sur une éventuelle fin de la guerre.

Selon Shariatmadari, l’appel de Rohani reviendrait à renoncer à la défense du pays et à accepter une capitulation face aux États-Unis et à Israël. Il a appelé les institutions concernées à ne pas laisser ces déclarations sans suite.

L’agence Tasnim, considérée comme proche des Gardiens de la révolution, a également critiqué Rohani. Elle l’accuse d’alimenter les divisions et de favoriser, selon elle, les intérêts des adversaires de la République islamique.

Un ancien négociateur du dossier nucléaire

La position actuelle de Rohani rappelle son passé de négociateur avec les puissances occidentales. Avant son arrivée à la présidence, il avait dirigé les discussions nucléaires iraniennes avec la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni entre 2003 et 2005, alors qu’il était secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.

À cette époque, les négociations avaient conduit l’Iran à accepter une suspension temporaire de certaines activités d’enrichissement dans le cadre des discussions avec les trois pays européens. Un accord conclu à Paris en novembre 2004 avait prolongé cette suspension et ouvert la voie à de nouvelles négociations sur le programme nucléaire iranien.

Cette expérience diplomatique contribue à expliquer pourquoi l’appel actuel de l’ancien président, favorable à une issue négociée sous certaines conditions, provoque une réaction particulièrement vive des courants les plus durs du pouvoir iranien.

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