Mohammed ben Salmane essuie deux refus en l’espace de quelques jours. Après Donald Trump, c’est désormais Islamabad qui écarte toute intervention militaire directe contre les Houthis, malgré les obligations théoriques du Pacte de la Mecque signé un mois plus tôt.
Washington déjà passé par un refus similaire
Le prince héritier saoudien avait appelé deux fois le président américain en l’espace d’une même journée pour réclamer des frappes contre les Houthis, alors que leurs forces progressaient vers Moka et le verrou stratégique de Bab el-Mandeb, selon des informations d’Axios citées par plusieurs médias. Trump a rejeté la demande, préférant fournir du renseignement et des données de ciblage plutôt que d’engager directement l’armée américaine. Un responsable de l’administration a justifié ce choix en expliquant que la priorité reste de garantir la liberté de navigation en mer Rouge, sans ouvrir un nouveau front militaire. Des officiels ont également évoqué des stocks critiquement bas de missiles Patriot, déjà largement sollicités dans le Golfe et en Jordanie. Ce refus américain marquait déjà un revirement notable : en juillet, Riyad affirmait pourtant pouvoir gérer seule la menace houthiste.
Le Pakistan invoque une clause du pacte
Quelques jours plus tard, la même prudence a gagné son second partenaire militaire. Le 9 septembre, l’Arabie saoudite avait sollicité ses alliés du Pacte de la Mecque après des frappes houthistes contre des installations pétrolières et des zones civiles du royaume. Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, avait alors laissé entendre qu’une riposte collective était envisageable, rappelant que le texte prévoit qu’une agression contre l’un des signataires équivaut à une agression contre tous. Des sources pakistanaises citées par le média turc Türkiye Today évoquaient même une opération imminente, ciblant en priorité la région de Saada.
Le 10 septembre, le porte-parole des Affaires étrangères pakistanaises, Sajjad Haider Khan, a douché ces attentes : il n’y a rien de tel en discussion actuellement, a-t-il déclaré, précisant que le pays agira le moment venu selon l’accord. Il a par ailleurs écarté tout élargissement de l’alliance à d’autres pays du Golfe.
Un pacte fragilisé par sa première épreuve
Signé le 7 août 2026 à La Mecque par ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, l’accord élargit à la Turquie un pacte bilatéral conclu un an plus tôt entre Riyad et Islamabad. Il avait déjà connu un premier test le 9 août, lorsqu’un drone houthiste avait touché la raffinerie saoudienne de Jizan, sans provoquer de réaction militaire turque ou pakistanaise.
Cette double retenue, américaine puis pakistanaise, intervient alors que le royaume reste seul face à des rebelles qui contrôlent désormais un point de passage maritime crucial pour le commerce mondial. Le Pakistan, de son côté, doit composer avec des contraintes multiples : des troupes mobilisées à sa frontière avec l’Inde, plusieurs insurrections internes, et une volonté de ne pas compromettre ses relations avec l’Iran. Riyad avait pourtant injecté 3 milliards de dollars dans les réserves de change pakistanaises en avril, un soutien financier qui n’aura pas suffi, pour l’instant, à obtenir un engagement militaire réciproque.


