Une déclaration commune sur le Moyen-Orient a été adoptée samedi 12 septembre à New Delhi par les dirigeants des BRICS, déplaçant le centre de gravité diplomatique du dossier iranien vers un bloc de vingt et une puissances. C’est ce que relève Jean-Joseph Boillot, chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), interrogé sur France Info. Selon ses mots, le texte, non contraignant, cible directement les États-Unis, inversant la dynamique d’isolement que Washington tentait jusqu’ici d’imposer à Téhéran.
Un basculement après six mois de pression américaine
Ce basculement intervient après plus de six mois d’une stratégie américaine construite sur deux piliers : la force militaire et l’asphyxie économique. Depuis les frappes du 28 février contre l’Iran, puis l’échec du cessez-le-feu signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, les États-Unis ont tenté d’isoler Téhéran sur tous les fronts. Fin août, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a lancé l’opération « Economic Outcast », présentée comme la campagne de sanctions la plus lourde jamais déployée, visant les circuits pétroliers, financiers et technologiques iraniens. Cette pression n’a pourtant pas produit l’isolement escompté. La Chine et le Pakistan ont refusé de s’y conformer, et l’Iran continue de menacer de fermer le détroit d’Ormuz aux navires non coordonnés avec ses autorités.
« L’Iran est le grand gagnant de ce sommet »
Interrogé sur France Info, Jean-Joseph Boillot estime que « l’Iran est le grand gagnant de ce sommet, parce qu’on lui donne raison de facto ». Selon lui, le texte adopté à New Delhi ne cible pas l’Occident dans son ensemble mais un seul acteur : les États-Unis, et plus précisément l’administration de Donald Trump. Les termes retenus dans la déclaration insistent sur l’unilatéralisme et l’interventionnisme américains, ce qui renverse le narratif défendu jusqu’ici par Washington d’un Iran isolé et acculé.
Le format BRICS, né en 2009 à l’initiative du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine avant de s’élargir progressivement, réunit désormais onze membres et dix partenaires associés, parmi lesquels l’Indonésie et le Nigeria. Une montée en puissance numérique qui donne au texte de New Delhi un poids que le groupe n’aurait pas eu à l’époque du seul noyau fondateur.
Un rôle d’équilibre joué par l’Inde
Le nouvel équilibre affiché à New Delhi ne se limite pas à une opposition avec Washington. Jean-Joseph Boillot précise que la force diplomatique du bloc « va peser pour isoler les États-Unis », tout en soulignant que le groupe ne fonctionne pas comme un simple relais de Pékin : la présence de l’Inde contribuerait à contrebalancer une influence chinoise jugée potentiellement hégémonique en son sein.
Cet équilibre interne est présenté par le chercheur comme une donnée essentielle pour comprendre la portée du texte sur le dossier iranien : la mobilisation ne provient pas d’un axe sino-russe isolé, mais d’un ensemble couvrant l’essentiel du continent africain et une large partie de l’Asie, incluant des partenaires associés comme l’Indonésie et le Nigeria. C’est cette diversité géographique qui, selon Boillot, donne au bloc une capacité de pression sur Washington sans pour autant en faire un front anti-occidental structuré autour d’une seule puissance dominante.
Le sommet ne débouche sur aucune mesure contraignante. Il installe en revanche un cadre où Washington devra désormais compter avec une coalition élargie, couvrant l’essentiel de l’Afrique et de l’Asie, dans ses futures négociations avec Téhéran.



