La Banque centrale du Kenya achètera désormais l’or extrait sur le territoire national, avant toute exportation. Le président William Ruto l’a annoncé le 14 septembre à Kisumu, quelques jours après une première déclaration à South Horr, dans le comté de Samburu, le 6 septembre.
Une interdiction qui vise l’or, le coltan et les terres rares
L’exportation d’or brut sera interdite sur le sol kényan. Trois raffineries doivent absorber la production locale, dont une en développement à Kakamega et deux autres à Nairobi. Le chef de l’État a précisé que l’interdiction toucherait aussi « le coltan et les terres rares », selon ses propos du 14 septembre.
Ruto avait déjà évoqué, le 6 septembre, une liste plus large de minerais concernés : l’or, le calcaire, le fer, le graphite, le titane et le carbonate de sodium. Il a justifié cette décision en affirmant que son gouvernement refusait désormais toute sortie de matière première non transformée du territoire kényan, qu’il s’agisse de soda ash, de pétrole ou d’autres ressources minières.
Une réforme liée au dossier Magadi
La décision intervient après une suspension des activités de Tata Chemicals Magadi Limited, entreprise exploitant le carbonate de sodium à Magadi, dans le comté de Kajiado. Les autorités kényanes ont suspendu ses opérations le 28 juillet, avant d’ordonner début septembre son départ du site. Cette dernière exportait chaque année plus de 350 000 tonnes de soda ash, principalement vers l’Asie du Sud-Est, l’Inde et le Moyen-Orient. Ruto a indiqué vouloir ouvrir ce gisement à plusieurs opérateurs plutôt qu’à un acteur unique.
Le gouvernement kényan mise par ailleurs sur des partenariats industriels extérieurs, notamment avec l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, pour construire une raffinerie pétrolière et un complexe pétrochimique à Lamu. Kenya n’est pas isolé sur ce terrain. Plusieurs pays du continent ont pris des mesures comparables ces derniers mois. Le Zimbabwe a interdit dès février toute exportation de minerais bruts, y compris le lithium, dont il compte parmi les premiers producteurs africains. La République démocratique du Congo, qui détient une position dominante sur le marché mondial du cobalt, a fait de même pour les concentrés de cobalt et de cuivre.
En Guinée, un décret présidentiel du 3 juillet interdit l’exportation d’or dont la pureté est inférieure à 99,5 %. Le Burkina Faso avait ouvert la voie dès 2023 en posant la première pierre d’une raffinerie d’or nationale, tandis que le Bénin restreint depuis 2022 les exportations de cajou brut et développe la transformation locale du coton à Glo-Djigbé. Cette liste ne couvre qu’une partie des initiatives recensées sur le continent, où d’autres pays avancent des projets similaires sur l’or ou le cuivre.
Une valorisation minière encore marginale
Le secteur minier ne représente actuellement qu’environ 1 % du produit intérieur brut kényan. Le gouvernement affiche l’ambition de porter cette contribution à 10 % d’ici 2030, un objectif qui dépendra largement de la capacité du pays à attirer des investisseurs dans les infrastructures de raffinage annoncées à Kakamega et Nairobi.



