MQ-9 Reaper détruits par l'Iran : les États-Unis veulent changer de stratégie

Quarante-cinq drones MQ-9 Reaper ont été détruits par l’Iran en six mois de guerre, soit un quart de la flotte engagée par l’US Air Force. Face à ce bilan révélé en août par trois responsables américains cités par le Washington Post, le Pentagone a décidé de changer de stratégie et d’accélérer la mise au point d’un successeur moins coûteux à cet appareil.

Le MQ-9 Reaper, conçu par le constructeur General Atomics et mis en service en 2007, affiche une envergure de 20 mètres pour une masse au décollage avoisinant les 5 tonnes, et peut évoluer jusqu’à 15 000 mètres d’altitude. Sa principale force réside dans son endurance : il peut rester en vol jusqu’à 27 heures d’affilée, voire une trentaine d’heures en configuration de surveillance pure, à une vitesse de croisière proche de 300 km/h. Cette autonomie en fait un outil de choix pour l’espionnage aérien, grâce à une boule optronique combinant caméras infrarouges, capteurs jour/nuit et radar à synthèse d’ouverture, mais aussi pour l’élimination de cibles au sol : l’appareil peut emporter jusqu’à 1,7 tonne d’armement, dont des missiles Hellfire et des bombes guidées par laser. Il a survolé l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Somalie ou encore le Yémen pendant près de deux décennies, devenant l’un des piliers de la surveillance aérienne américaine.. C’est justement cette endurance et cette polyvalence qui expliquent pourquoi sa disparition en nombre sur le théâtre iranien inquiète autant l’état-major.

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Un déficit d’appareils déjà ancien

Le trou dans les rangs ne date pas de cette année. Dès le début de l’exercice budgétaire 2026, l’Air Force ne disposait que de 165 exemplaires du MQ-9A sur les 189 qu’elle était censée posséder, un manque hérité de l’opération Rough Rider contre les rebelles houthistes du Yémen, en mars 2025. La campagne contre Téhéran, lancée le 28 février sous le nom d’opération «Fureur épique», a ensuite accentué la saignée : le général David Tabor a reconnu devant le Sénat, en mai, que le parc était retombé à environ 135 unités. D’autres exemplaires ont été perdus côté allié, comme ce Reaper italien anéanti lors d’un raid iranien sur la base d’Ali Al Salem, au Kuwait, ou un appareil américain abattu par erreur au-dessus du Qatar.

Un nouvel appareil moins cher en préparation

Cette hémorragie pousse désormais le Pentagone à changer de méthode. Le général Christopher Niemi, chargé de la modernisation à l’Air Force, a confirmé le 3 septembre que les discussions sur l’après-Reaper, jusque-là menées sans urgence, venaient de s’accélérer nettement. «Le rythme auquel nous perdons ces appareils aujourd’hui nous préoccupe», a-t-il résumé devant la presse. Plutôt que de miser sur un unique drone haut de gamme, le Pentagone veut désormais des flottes d’appareils bon marché et sacrifiables, capables d’encaisser des pertes sans remettre en cause la mission.

Le programme Massed Modular Aircraft, porté par la Defense Innovation Unit du Pentagone avec l’appui de l’Air Force, doit ainsi produire un drone aux capacités comparables au Reaper — frappe, renseignement, brouillage, relais radio — mais pour environ 10 millions de dollars pièce, contre 30 à 50 millions pour un exemplaire actuel.

Racheter des MQ-9B SkyGuardian à General Atomics aurait été l’option la plus rapide, mais son coût trop élevé et l’arrêt de la production du MQ-9A depuis 2025 ont fermé cette piste. En attendant un remplaçant, l’Air Force chercherait à racheter des cellules déjà construites, tandis qu’un appel d’offres lancé le 7 juillet a déjà attiré plus de cinquante industriels intéressés par la conception du futur drone.

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