Pétrole : l'ex-DG de Petrosen accuse le Sénégal de "brader" Yakaar-Teranga à Eni

Le protocole d’accord signé mi-septembre entre le Sénégal et le groupe italien Eni porte sur un bloc déjà exploré et documenté depuis des années, selon Alioune Gueye. L’ancien directeur général de Petrosen affirme que le bloc SN07M visé par cet accord correspond à Yakaar-Teranga, un gisement gazier ayant déjà fait l’objet d’études sismiques et de rapports d’ingénierie financés par l’État sénégalais. Cette accusation intervient alors que Gueye est lui-même visé par des reproches du Premier ministre concernant un manque à gagner de 55 millions de dollars sur ce même dossier.

Un accord signé dans l’indifférence quasi générale

Dans une publication Facebook largement partagée, Alioune Gueye revient sur le communiqué du ministère de l’Énergie et du Pétrole annonçant, en marge de Gastech 2026, la signature d’un protocole d’études avec Eni portant sur cinq blocs offshore. Selon lui, ce texte a peu retenu l’attention alors qu’il concernerait directement Yakaar-Teranga, présenté dans le communiqué ministériel sous le code SN07M.

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L’ancien dirigeant rappelle que ce gisement a fait l’objet d' »années d’études techniques, de données sismiques, de rapports d’ingénierie« , menées avec des partenaires internationaux tels que TPAO, Worley, Subsea 7, Baker Hughes et Wison. Ce travail, selon lui, est documenté et déjà payé par l’État. Il rappelle également que le bloc a été repris à Kosmos en avril 2026 sans compensation financière, ni arbitrage, ni procès.

Les reproches formulés contre l’ancien DG de Petrosen

Cette sortie survient dans un contentieux plus large opposant Gueye au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale début septembre, ce dernier a pointé, dans le dossier du retrait de Kosmos du bloc Yakaar-Teranga, ce qu’il a qualifié de « manquement grave« , évaluant à 55 millions de dollars la perte financière pour l’État, visant sans le nommer le signataire de l’accord de retrait. Gueye, qui occupait alors la direction générale de Petrosen, a répondu par une tribune détaillée affirmant que cette somme correspondait à un engagement minimum de dépenses prévu par décret, et non à une créance exigible. Il soutient que les travaux concernés ont bien été réalisés et que plus de 300 millions de dollars ont déjà été investis sur le bloc.

Cette controverse fait écho à une critique plus ancienne portée par le pouvoir en place contre la gestion pétrolière et gazière sous Macky Sall, régulièrement accusé par le Premier ministre Ousmane Sonko d’avoir bradé les ressources naturelles du pays dans des contrats jugés déséquilibrés, avant même l’affaire Yakaar-Teranga. Gueye retourne à présent l’accusation contre le gouvernement actuel, en pointant une contradiction entre le discours sur les manques à gagner et la signature d’un nouveau protocole avec un acteur étranger.

Une question sur le rôle de Petrosen

L’ancien DG s’interroge sur les raisons ayant conduit à ouvrir Yakaar-Teranga à Eni plutôt qu’à confier son exploitation entièrement à Petrosen, qui aurait, selon lui, pu en être l’opérateur unique compte tenu du travail technique déjà réalisé. Il interpelle directement le président Bassirou Diomaye Faye et le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, qu’il somme de rendre des comptes au peuple sénégalais.

Le pays compte 113 blocs pétroliers et gaziers recensés, dont quatre seulement faisaient l’objet d’un contrat avant l’ouverture récente de plus de cent zones aux investisseurs internationaux, selon un décompte publié par La Nouvelle Tribune. Le protocole avec Eni, précise le communiqué ministériel, n’ouvre qu’une phase d’études préliminaires et ne constitue ni un contrat pétrolier ni l’attribution d’un titre d’exploration.

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