Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski a déclaré que la Pologne pourrait vaincre la Russie en cas d’attaque directe. Le chef de la diplomatie polonaise s’exprimait le 12 septembre à Kiev, lors d’un panel du forum Yalta European Strategy consacré à la capacité de l’Europe à contenir Moscou.
Des raffineries russes déjà durement touchées
Depuis plusieurs mois, l’armée ukrainienne multiplie les frappes de drones contre le secteur pétrolier russe, provoquant des pénuries de carburant dans plusieurs dizaines de régions du pays. Selon une analyse de S&P Global publiée fin juillet, au moins 26 raffineries avaient alors été mises hors service, huit seulement ayant depuis retrouvé une activité complète. Le raffinage russe aurait chuté à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans, autour de 3,6 millions de barils par jour, selon une estimation d’EA Analytics. Plusieurs régions russes peinent à s’approvisionner normalement en essence, certaines autorités locales ayant même limité les ventes de carburant aux particuliers, tandis que Vladimir Poutine a lui-même reconnu ce déficit, forçant les raffineries encore opérationnelles à tourner à plein régime. Cette campagne, présentée par Kiev comme une manière d’assécher les revenus finançant l’effort de guerre russe, est celle que Sikorski a choisie pour appuyer sa démonstration.
« Si la Russie nous attaquait et qu’on enlevait les gants, je pense qu’on battrait la Russie assez rapidement, on a une supériorité écrasante sur la Russie en puissance aérienne », a affirmé le ministre selon des propos rapportés par plusieurs médias polonais et biélorusses.
Une comparaison chiffrée avec les frappes ukrainiennes
Le ministre a établi un parallèle direct avec les résultats obtenus par Kiev. Il a estimé que si les forces ukrainiennes ont réussi à mettre hors service la moitié de la capacité de raffinage russe en six mois, Varsovie pourrait accomplir la même chose en six semaines, avant de détruire le reste. Le panel auquel il participait, intitulé « L’Europe peut-elle, avec l’Ukraine, contenir la Russie ? », était organisé par la Fondation Pinchuk dans le cadre de la réunion annuelle du forum, qui rassemble chaque année depuis 2004 des responsables politiques et diplomatiques autour des enjeux liés à l’Ukraine.
Tensions persistantes entre Varsovie et Moscou
Les relations entre la Pologne et la Russie restent marquées par une méfiance persistante depuis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine en février 2022. Membre de l’OTAN et voisine directe de l’enclave russe de Kaliningrad ainsi que de la Biélorussie, la Pologne a considérablement renforcé ses capacités militaires ces dernières années, portant son budget de défense à plus de 4 % de son PIB, l’un des taux les plus élevés de l’Alliance atlantique. Le pays a également été confronté à plusieurs incidents impliquant des drones ayant pénétré son espace aérien depuis le territoire biélorusse ou ukrainien, incidents que Varsovie a attribués à des actions russes délibérées destinées à tester ses défenses.
Une déclaration non reprise par les canaux officiels
Les propos de Radosław Sikorski n’ont pas fait l’objet d’une communication officielle distincte de la part du ministère polonais des Affaires étrangères, ni d’une reprise par les agences de presse internationales de référence. L’information a d’abord circulé via des médias polonais et des comptes spécialisés dans le suivi du conflit russo-ukrainien, avant d’être relayée sur les réseaux sociaux. Le ministre s’était rendu à Kiev les 12 et 13 septembre pour une série de rencontres bilatérales, incluant des échanges avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et plusieurs responsables européens, dans le cadre plus large de discussions sur le soutien occidental à l’Ukraine face à l’intensification des attaques russes.



