Le JNIM, groupe djihadiste lié à Al-Qaïda, a revendiqué une embuscade menée le 28 septembre 2026 contre un convoi de l’armée malienne et de l’Africa Corps russe, près de Niono, dans le centre du Mali. Des tirs de drones ont ouvert l’attaque avant l’assaut au sol, et au moins quatre Russes ont été tués selon des sources locales. Il s’agit clairement d’une évolution que les armées de la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, n’ont pas su enrayer : en trois ans, les groupes armés de la région sont passés du simple drone de reconnaissance à l’arme de frappe.
Les données de l’ACLED montrent l’ampleur du changement. En effet, le JNIM a mené moins de dix frappes de drones armés en 2024, contre environ 80 en 2025. Sa première attaque recensée remonte à 2023, et ses premières frappes en vue subjective (FPV) à février 2025, contre des postes militaires de Djibo, au Burkina Faso. Pour l’analyste Audu Bulama Bukarti, cette évolution « marque un changement significatif » dans la guerre menée par ces groupes.
Les appareils eux-mêmes viennent du commerce. Au Nigeria, où l’importation de drones civils est strictement encadrée, des djihadistes ont attaqué une base de l’État de Borno le 29 janvier 2026 avec plusieurs drones armés, en coordination avec des combattants au sol. Selon le chercheur Malik Samuel, ils se procurent ces appareils grâce à leurs réseaux de contrebande à travers des frontières poreuses, et des combattants étrangers ont contribué à les former.
Des instructeurs ukrainiens auprès des rebelles du nord du Mali, selon CNN
Une piste plus directe passe par l’Ukraine. D’après un reportage de CNN du 12 septembre, repris par African Arguments, une quinzaine de spécialistes ukrainiens des drones travailleraient avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg du nord du Mali. Deux Ukrainiens déployés sur place affirment que le groupe ne combat pas en première ligne, mais forme des combattants et aide à conduire les opérations. L’un d’eux assure avoir contribué à la prise de Kidal, en avril 2026. Kiev a démenti toute implication en 2024, quand le Mali et le Niger ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine. Les trois pays de l’AES ont alors saisi le Conseil de sécurité de l’ONU.
Le FLA n’est toutefois pas un mouvement djihadiste. Aucune source ne relie directement le JNIM à une formation en Ukraine. Les analystes évoquent plutôt une diffusion possible du savoir-faire entre les deux groupes, qui ont coordonné leurs attaques à Kidal le 25 avril. Rien n’indique non plus que l’embuscade de Niono soit liée au FLA ou à l’Ukraine. Face à cette menace, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont acquis des drones armés turcs et annoncé la création d’une force conjointe de 5 000 hommes.
