Plus de 176 000 tonnes de carburant, principalement du diesel, ont été expédiées de Corée du Sud vers des ports russes en juillet et août, notamment à bord de pétroliers sanctionnés par le Royaume-Uni et l’Union européenne. C’est ce que révèle The Guardian ce 6 octobre, après analyse de registres portuaires et de données de suivi maritime.
Cette demande russe s’explique par les frappes ukrainiennes. D’après le Financial Times, la campagne de Kiev aurait mis hors service plus de 30 % de la capacité de raffinage russe, et la production d’essence est tombée début juillet à 65 % de la consommation saisonnière moyenne. Le 30 juillet, Moscou a prolongé son interdiction d’exporter du carburant : six mois pour l’essence, un mois pour le diesel. Pour combler le déficit, la Russie s’est tournée vers l’Inde, le Maroc, le Bélarus et d’autres fournisseurs.
Sept pétroliers, quatorze voyages
Sept pétroliers russes, dont trois sanctionnés par Londres et l’UE, ont effectué 14 voyages entre l’Extrême-Orient russe et des ports sud-coréens pour y charger du carburant. Le plus gros transporteur, le Layla, sanctionné, a fait deux trajets d’Ulsan à Vladivostok, avec 57 000 tonnes de diesel au total. Début août, un autre navire a pris environ 26 000 tonnes à bord du Celeste I, au large de Yeosu, sans passer par un port. Dans au moins deux cas, des pétroliers sanctionnés ont déclaré le Japon comme destination avant de filer vers Vladivostok. D’autres ont annoncé Singapour.
En août, la Russie a importé par mer 368 000 tonnes de produits pétroliers, soit plus de sept fois le total du mois précédent et un record depuis le début de la guerre à grande échelle. La Corée du Sud en a fourni 112 000 tonnes, soit 31 %, derrière l’Inde. On ignore qui possédait ou vendait ce carburant, car les registres portuaires sud-coréens ne l’indiquent pas.
La Corée du Sud est un pays allié de l’Ukraine, à laquelle elle a envoyé 630 millions d’euros d’aide bilatérale, selon l’Institut Kiel. Il tente aussi de concilier ce soutien avec son souhait d’améliorer ses relations avec la Russie. Selon The Guardian, ces cargaisons pourraient faire de Séoul un « maillon faible » de la pression occidentale sur le Kremlin.
