Le Rwanda a refusé, mercredi 28 octobre 2026, d’endosser la responsabilité de la crise dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans un entretien à l’AFP, accordé à Moscou en marge d’un sommet Russie-Afrique, son ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a estimé que « la situation en RDC, sur le plan politique comme sur le plan sécuritaire, est avant tout une affaire congolaise … le Rwanda ne doit pas être éternellement tenu pour le bouc émissaire de ce qui se passe au Congo ». Le jour même, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre Kigali.
Le ministre a aussi répondu à Kinshasa, qui présente l’ancien président congolais Joseph Kabila comme un relais du Rwanda depuis son rapprochement avec le M23 ce mois-ci. Pour lui, ce dossier ne concerne pas son pays, puisque « c’est une question politique qui doit être réglée politiquement entre Congolais ». Pour rappel, le Rwanda nie soutenir militairement le M23, alors que des experts de l’ONU affirment le contraire. Le Front pour la refondation de la nation, dont la création a été annoncée le 12 octobre, est d’ailleurs présenté comme le successeur de l’Alliance Fleuve Congo, la branche politique du M23.
Des sanctions visant le ministère de la Défense et Zigama
Les sanctions du Trésor américain frappent le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière que Washington décrit comme opérant pour le compte des services de sécurité. Selon le Trésor, elle aurait facilité des paiements destinés à l’achat d’armes et de munitions pour l’armée, et l’une de ses agences aurait permis d’acheminer vers Kigali de l’or issu de zones contrôlées par le M23. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a posé les conditions américaines en ces termes : « Le Rwanda doit cesser son soutien au M23 et retirer ses troupes de l’est de la RDC ». Le département d’État a précisé que des milliers de soldats rwandais combattraient aux côtés du M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
À son tour, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a renvoyé la responsabilité vers Kinshasa. Elle a jugé que « toutes les parties doivent être tenues responsables », avant de rappeler que « les accords de Washington contiennent des engagements clairs (…), en particulier la neutralisation de la milice génocidaire FDLR soutenue par la RDC ». Cette ligne n’est pas nouvelle. En effet, après les sanctions visant l’armée rwandaise le 2 mars 2026, le gouvernement avait déjà regretté des mesures « à sens unique » qui « présentent une image déformée de la réalité du conflit ».
Les Forces rwandaises de défense, placées sous l’autorité du ministère, avaient alors été sanctionnées avec quatre hauts gradés. La décision du 28 octobre gèle les avoirs des deux nouvelles entités ciblées qui relèvent de la juridiction américaine. Elle interdit aussi aux personnes et aux entreprises américaines de traiter avec elles.
