Le Bénin ne profite pas suffisamment des opportunités qu’offre la Thaïlande

Le Bénin ne profite pas suffisamment des opportunités qu’offre la Thaïlande

Arrivé au Bénin pour un séjour de deux semaines, l’avocat international, docteur en droit et enseignant dans les universités asiatiques qui exerce en Thaïlande depuis près de 15 ans, a bien voulu accorder en exclusivité à votre

Bénin: Entretien avec le plasticien Philippe Hachémin

journal, les raisons de sa venue au pays. Au-delà des retrouvailles de famille, il compte faire profiter au Bénin des expériences acquises dans ce pays qui connait un développement accéléré.

Docteur, merci d’avoir accepté notre invitation, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et à nos visiteurs du site de la Nouvelle Tribune ?

Merci. Je suis très heureux d’être accueilli par la Nouvelle Tribune. Je suis Roland Amoussou-Guènou, avocat international, spécialisé dans l’arbitrage international. Je suis installé en Thaïlande depuis une quinzaine d’années. J’ai servi 4 ans au ministère des Affaires étrangères français, en tant que missionnaire. Ma mission était d’enseigner le droit dans les universités asiatiques. Ce qui semble un peu original. Dans le cadre de cette mission, j’ai eu l’occasion de découvrir l’Asie pendant ces 14 dernières années : l’Asie du Sud-est et l’Asie du nord. Et là, j’ai eu l’opportunité de revenir au pays pour partager l’expérience et voir dans quelle mesure nous pouvons bâtir un pont entre l’Asie et l’Afrique…

Permettre au Bénin de saisir les opportunités que l’Asie offre à l’Afrique. J’ai également été lauréat du 7e trophée « Kwabo » pour le mérite et l’Excellence. C’est un très grand honneur, mais c’est aussi une très grande responsabilité. J’ai été nominé par l’ambassade du Bénin en Chine, qui couvre également la Thaïlande. Dans le cadre de cette distinction, je suis venu au Bénin pour prendre contact avec les autorités, mais également m’entretenir avec les hommes d’affaires et mes confrères avocats. Ayant eu cette expérience unique en Asie, il me parait important de partager avec les miens ce que j’ai appris, les liens que j’ai tissés là bas, les réseaux que j’ai mis en place, pouvoir en quelques sortes redonner au pays ce que j’ai reçu là bas. Ce sont les raisons pour lesquelles je suis revenu au pays pour deux semaines, et voir dans quelle mesure je pourrai dialoguer avec le barreau, la chambre de commerce, les opérateurs économiques, les autorités.

Je suis également porteur d’une lettre de l’ambassadeur du Bénin en Chine, qui souhaiterait que je rencontre le ministre des affaires étrangères pour faire le point de la situation de la coopération entre le Bénin et la Thaïlande en particulier, et l’Asie en général. Notamment, les pays qui sont sous la juridiction de l’ambassade du Bénin en Chine qui couvre le Viêt-Nam, la Thaïlande, la Corée du Sud et je pense l’Inde. Donc, je suis un peu missionnaire dans mon propre pays, et c’est pour moi un grand honneur et un privilège. Je suis très heureux d’avoir cette opportunité de m’entretenir avec vous, et de faire passer ce message d’espoir, ce message d’opportunités. Parce que malheureusement, le Bénin n’est pas assez présent dans cette partie du monde, alors que l’Asie nous offre d’énormes possibilités.

Par exemple, le riz thaïlandais est très connu, mais il n y a pas que çà. Il y a également un savoir-faire, une science, une pratique. Une capacité à savoir résoudre les problèmes qui se posent.

Pouvez-vous repréciser en détails les opportunités que la Thaïlande peut offrir concrètement au Bénin ?

Lorsqu’on est en Thaïlande et qu’on vient de l’Afrique et du Bénin en particulier, les opportunités sautent aux yeux. D’abord au plan historique, il y a de cela 50 voire 60 ans, la plupart des pays asiatique et la plupart des pays africains étaient au même niveau de développement. Certains disent au même niveau de sous-développement. Comment ont-ils fait pour régler ce problème et atteindre un tel niveau de développement aujourd’hui ? Comment ont-ils fait, qu’est-ce qu’ils ont compris que les Africains n’ont pas compris ? Lorsqu’on commence à réfléchir et qu’on commence à creuser la question, on découvre petit à petit quelques secrets. Ce sont ces secrets que j’aimerais faire partager. Le premier, c’est bien évidemment l’éducation.

La plupart des pays asiatiques qui ont réussi leur développement économique et social, ont mis l’accent sur l’éducation. Pas l’éducation en général, ils n’ont pas formé de docteurs en littérature. Mais l’éducation orientée vers la science et la technologie. Parce que là bas, on s’est rendu compte que ce qui peut apporter le développement, c’est la capacité des peuples ou des hommes à transformer leur environnement. C’est le savoir-faire, l’habileté, la capacité à résoudre des problèmes pratiques, des problèmes sociaux, l’agriculture.

La Thaïlande qui fait à peine 500 mille km carré, plus ou moins la taille de la France, 4 à 5 fois la superficie du Bénin, est le 1er pays exportateur de riz au monde. Le Bénin est la plaque-tournante de l’importation de riz thaïlandais. La Thaïlande est mieux connue pour son riz que pour toute autre chose. Savez-vous que la Thaïlande exporte plus de 50% de sa production de riz en Afrique ? Je vous dirais encore plus, la Thaïlande exporte le riz cassé, ce riz va au Sénégal parce que les Sénégal ont un plat qui s’appelle le « thiéboudienne ». Un plat fait à base de riz et de poisson. Mais les Thaïlandais ne mangent pas de riz cassé, pourtant ils le vendent. Autre exemple, les Thaïlandais vendent du « part burned rice », c’est-à-dire du riz précuit, ce riz va surtout au Nigéria, mais les Thaïlandais n’en consomment pas non plus. Ce qu’ils consomment, c’est le riz long grain appelé riz parfumé. Donc c’est un savoir-faire patent.

Sinon, comment un pays relativement petit, a pu comprendre les besoins de tout un continent et produire des variétés de riz capables de satisfaire ses besoins, augmentant son produit national brut ? Le produit national brut de la Thaïlande est d’environ 1000 milliards de dollar, tandis que le produit national brut du Bénin est estimé à 26 milliards de dollar. Le secteur des massages à lui-seul produit environ 8 milliards de dollar. Je ne parlerai pas des secteurs de l’hospitalité, du bien-être ou encore même de la boxe thaïlandaise que moi-même je pratique. C’est çà la créativité.

Voilà donc des atouts culturels, artistiques et sportifs dont on peut s’inspirer. Ce n’est pas forcément imposer un modèle, mais s’en inspirer, copier ce qui a permis aux autres de décoller, de passer du statu de pays sous-développé à pays en développement ou en croissance.

A bien vous comprendre, vous semblez demander au Bénin d’aller à l’école de la Thaïlande pour acquérir les secrets du développement?

C’est tout à fait çà, et c’est le message que je porte. C’est un honneur pour moi, c’est une opportunité d’avoir eu la chance d’une expérience professionnelle en Asie. Ces opportunités sont à la portée du Bénin, parce que les Thaïlandais en particulier et les Asiatiques en général, ne sont pas plus intelligents que les Béninois. C’est la raison pour laquelle nous avons créé une Fondation : « Asie-Afrique ». Etant par ailleurs enseignant dans les universités thaïlandaises, j’ai pu créer des équipes de recherche, animées par des étudiants thaïlandais. J’ai été convaincu par la cause du rapprochement Asie-Afrique. L’idée c’était d’offrir des bourses d’études aux africains pour venir en Asie. Après les objectifs se sont élargis à la culture, à la science, à la technologie, au sport, aux opportunités d’affaires, aux échanges Sud-Sud. D’une initiative, c’est devenu une fondation. Pour l’anecdote, vous savez que créer une fondation n’est pas facile, il faut de l’argent. Etant le promoteur, je n’avais pas les moyens requis, alors j’ai dû vendre un terrain à Cotonou au quartier Sainte Rita, pour avoir de l’argent et lever les fonds pour la création de ladite fondation. C’est une fondation qui a des ressources spirituelles, puisque c’est un terrain du Bénin qui a été vendu pour créer une fondation en Asie. Nous avons consacré nos ressources et nos vies à cette fondation parce que nous croyons à ce pont, à ce lien entre la Thaïlande et le Bénin, voire l’Afrique de l’Ouest en général. Malheureusement, ni les Thaïlandais, ni les Béninois ne sont au courant de tout le potentiel qui peut être généré à travers ce rapprochement Thaïlande-Bénin.

Vous avez dit plus haut que l’un des secret de la Thailande c’est d’avoir su développer la science et la technologie, comment votre fondation pourra-t-elle aider le Bénin à rattraper le retard technoscientifique ?

Le transfert de technologie, c’est ce qui a permis au Japon de se développer. Il y a de cela quelques décennies, le made in Japan, personne n’en voulait. C’était considéré comme de la production de basse qualité, mais aujourd’hui chacun veut acheter des Toyota, des Mitsubishi etc. Le made in Japan est devenu un gage de qualité. Pareil pour la chine il y a quelques années. J’ai été stupéfait de constater qu’à Cotonou, la plupart des motocyclettes qui circulent dans les rues sont de marque chinoise. Donc petit à petit, ces pays là ont acquis un savoir-faire, ils ont reçu un transfert de technologie.

Vous verrez même que lorsque la chine signe des accords économiques avec des investisseurs étrangers, notamment des occidentaux, ils imposent des clauses de transfert de technologie sans lesquelles les contrats ne sont pas signés. Donc, ils ont une vue stratégique des échanges économiques. Il ne s’agit pas seulement de vendre ou d’acheter, il s’agit d’échanger, d’apprendre, de former des gens pour que les pays qui reçoivent soient aussi capables de produire un jour. C’est ce que les Asiatiques ont compris. Comment faire, c’est de suivre le mouvement du monde moderne, donc aller à l’école des asiatiques. Par exemple, avoir des étudiants dans les universités asiatiques.

Que ce soit à Pékin ou à Tokyo ou encore à Bangkok ou au Viêt-Nam, pour apprendre leur technologie. Et c’est ce qui se fait déjà. Les autorités, les gouvernements asiatiques l’ont compris parce que de l’autre côté, il y a déjà cette prise de conscience que l’Afrique est le partenaire de l’avenir. Et ils offrent des opportunités d’étude aux étudiants africains. Il y a des bourses japonaises, chinoises, thaïlandaises. Mais la réalité est surprenante. Tenez, je me suis rendu au ministère des Affaires étrangères de Thaïlande, il y avait des bourses disponibles, mais le département qui s’occupe de ces bourses ne savait pas dans quel pays les envoyer, parce qu’ils n’avaient pas de contacts.

Mais le Bénin n’a-t-il pas une représentation diplomatique ou consulaire en Thaïlande ?

Le problème de la représentation diplomatique en Thaïlande, c’est qu’il y a des difficultés. La première difficulté, c’est la langue.

De quel type de représentation s’agit-il exactement : l’ambassade ou le consulat ?

Nous n’avons pas d’ambassade en Thaïlande, nous avons un consulat honoraire. Le consul honoraire est un Thaïlandais. Lorsque je suis arrivé en Thaïlande il y a une quinzaine d’années, la première chose que j’ai faite c’est d’essayé d’entrer en contact avec le Consul honoraire pour me présenter en tant que Béninois. Je vais vous surprendre, j’ai eu beaucoup de difficultés, j’ai mis plus de dix ans. Est-ce que c’est normal, je ne suis pas ici pour en juger. Donc tout ce temps perdu pour entrer en contact avec l’entité qui représente notre pays en Thaïlande ; pour commencer à travailler ensemble en tant que Béninois… j’ai perdu dix ans.

Ce n’est que récemment avec le précédant ambassadeur, M. Zinsou…, à qui j’ai fait le rapport de la situation qui a donné des instructions au Consul honoraire. Il n’avait pas répondu parce qu’il y avait des problèmes de communication linguistique. Quand monsieur Christian Adovèlandé est devenu ambassadeur du Bénin en Chine couvrant la Thaïlande, j’ai également fait un rapport. Non seulement un rapport, mais j’ai tiré la sonnette d’alarme. J’ai dit que le Bénin ne profite pas suffisamment des opportunités qu’offre la Thaïlande, alors que les autres pays en profitent, que ce soit le Nigéria, le Ghana et même le Cameroun. Pourquoi pas le Bénin.

Je n’ai jamais vu un Béninois étudiant à Bangkok, est-ce que c’est normal ? Ce n’est pas normal, alors qu’il y a des Bourses disponibles, alors que les Béninois investissent des millions de dollars dans l’achat de riz en Thaïlande. Ça m’a révolté, je ne peux pas accepter en tant que Béninois être là et simple témoin… Donc, en accord avec l’ambassadeur, nous avons décidé de bousculer un tout petit peu le Consul honoraire. Et c’est ce que nous sommes en train de faire. J’ai commencé à le bousculer, et grâce à moi… il a su beaucoup de chose, il ne savait même pas qu’il y a un nouveau président de la République au Bénin, c’est moi qui l’ai informé que le nouveau président est Patrice Talon…

Et donc petit à petit, il a commencé à m’inviter et nous avons commencé à travailler ensemble. Et il s’est mis à la disposition du Bénin après autant d’années, grâce à notre action et la pression que nous avons mise sur le consul honoraire local. On a fait notre devoir. Comme c’est un homme d’affaires assez puissant qui a des contacts importants, nous pensons que c’est un levier pour nous, et d’ailleurs il m’a fait porteur d’un message pour le ministre des Affaires étrangères. Il souhaiterait qu’ensemble avec moi, on crée un lien direct, un vol direct entre la Thaïlande et le Bénin qui n’existe pas.

C’est dommage puisqu’il y a déjà un courant d’affaires. Et ce vol peut desservir Cotonou, Lagos, Accra ou Abidjan par la même occasion, comme le font déjà d’autres compagnies. Donc il y a cette opportunité, bien évidemment il y a des opportunités d’études pour les jeunes qui décident d’étudier et d’acquérir un savoir faire en technologie, notamment en matière de construction. Savez-vous que les Thaïlandais ont une capacité de construction exceptionnelle ? Ils sont capables de construire un immeuble de trente étages en deux ans. Où est-ce qu’ils ont appris ça ? Comment est-ce qu’ils ont acquis ce savoir-faire ? N’est-ce pas c’est accessible ? Je pense que oui. Les Béninois sont des travailleurs acharnés quand ils s’y mettent. Parfois dans certains pays du monde, les béninois sont les meilleurs.

Donc, ils peuvent s’approprier ce savoir-faire s’ils en ont l’opportunité. Or, ces occasions ne sont pas facilement accessibles parce qu’il n’y a pas de couloir de transmission, il n’y a pas de pont, les ambassades sont limitées. En plus de ça, les ambassadeurs tournent tous les quatre ans. Donc ce qu’un ambassadeur a commencé peut ne pas continuer, parce que l’autre ambassadeur ne le sait pas, ou bien parce que le message n’est pas passé.

Donc votre fondation viendra en appui

Voilà, Vous avez tout à fait compris. Donc c’est nous-mêmes, c’est le terrain, les intéressés, la coopération des individus à individu qui prendra le relais. Et pour le faire, il faut une organisation légitime qu’est la fondation. C’est la raison pour laquelle je suis très fier d’être le fondateur, le père spirituel de la Fondation Asie-Afrique, qui a été reconnue par les autorités Thaïlandaises… je suis venu avec mes expériences et avec l’organisation qui est prête à se mettre à la disposition du Bénin pour faire en sorte que les opportunités que nous offre l’Asie puissent être capitalisées.

Comment comptez-vous faire pour que ces multiples opportunités puissent profiter au Bénin ?

J’ai commencé à Bangkok, et j’ai fait part de mes intensions à l’ambassadeur. L’ambassadeur m’a à cet effet, fait porteur d’une lettre de mission envoyée directement au ministère des Affaires étrangères depuis Pékin, pour annoncer mon arrivée et solliciter une audience. J’attends que le ministre me confirme cette audience-là. J’ai parlé avec le secrétariat particulier qui a confirmé que la demande a été reçue.

Et après le gouvernement, vous allez rencontrer d’autres acteurs certainement.

Oui, nous avons pris contact avec la Chambre de commerce et d’industrie parce que le rôle des opérateurs économiques est très important. Or, les opérateurs économiques béninois rencontrent de grandes difficultés à faire des affaires avec la Thaïlande pour plusieurs raisons. L’une des raisons est le paiement. Il n’y a pas de système de paiement bancaire direct entre la Thaïlande et le Bénin. Certains hommes d’affaires sont obligés de se déplacer avec des valises pleines de millions de dollars. Ils sont arrêtés à l’aéroport par la Douane, par l’immigration, on les prend pour des délinquants et des trafiquants de drogue, c’est très embêtant. Et le consul honoraire par exemple est obligé d’intervenir.

Voilà des problèmes à régler, on doit leur faciliter les transactions, sécuriser les paiements pour qu’il y ait des échanges qui se passent de façon la plus normale possible. Il y a également les problèmes de visa. Parce que pour voyager dans cette partie du monde, les visas sont très difficiles. Je suis allé à Dantokpa rencontrer une dame qui fait de l’importation de ‘’Tchigan’’, fabriqué en Thaïlande. Et elle m’a fait part de ses problèmes. Avant, elle prenait le premier vol de Cotonou pour Hongkong. C’est de là bas qu’elle obtenait facilement un visa pour la Thaïlande. Aujourd’hui, ce n’est plus possible parce que c’est fermé. On lui dit d’aller à Abuja ou Accra.

Pourquoi ne pas organiser une journée Thaïlande à Cotonou où nous ferons venir des autorités, hommes d’affaires et universitaires Thaïlandais, pour faire connaitre au public béninois et au secteur privé, des opportunités que la Thaïlande offre, présentées par les Thaïlandais eux-mêmes. Voilà les choses sur lesquelles nous voulons travailler.

C’est dire que vous entendez créer une représentation de votre fondation à Cotonou ?

Bien sûr. J’ai déjà commencé à travailler avec des collègues avocats pour créer le bureau de la Fondation Asie-Afrique, ici à Cotonou, pour prendre le relais des activités. C’est très important. Nous sommes entrain de traduire les statuts du Thaïlandais en Français. Ce qui permettra de faire des levées de fonds, d’organiser des activités. Je profite de l’occasion pour mettre l’accent sur les aspects culturels. Voilà une valeur dont les Béninois ne se rendent pas compte. Moi je suis avocat, je n’ai pas une formation de danseur, je n’ai pas une formation de chanteur… C’est en Asie, dans le cadre de la promotion de la Fondation, que je me suis rendu compte de la puissance de la culture béninoise. C’est quelque chose qui va étonner, mais ce que nous avons appris au pays : les pas de danse, le Vodoun, le Agbadja, Tchinkoumin, le Zinli, sont des valeurs, une arme pour moi qui me permettent d’affirmer l’identité et l’authenticité du Béninois que je suis.

Quelque chose de vendable donc.

Tout à fait vendable. Exactement. C’est ce que je voulais dire. Nous ne mesurons pas la valeur de ce que nous avons. Si les Thaïlandais sont capables de faire des milliards de dollars sur le massage de pieds, c’est que les béninois ne peuvent pas faire des milliards de dollars sur les danses traditionnelles que tout le monde nous envie ? Quand vous écoutez la musique béninoise traditionnelle et que vous écoutez la Salsa, on se retrouve. Et l’Asie est entrain d’embrasser la culture africaine de manière spectaculaire. Il y a une danse Angolaise appelée Kizoomba, et un jeune homme du nom de Lawson Arnauld a créé en Afrique de l’Ouest un festival de Kizoomba. Il a pris fin la semaine dernière. J’y étais.

Il y avait présents, des Maliens, des Sénégalais, des Angolais, des Européens, des Américains, des gens des pays de l’Europe de l’Est et même des Suédois. C’est ici même au Dream Beach de Cotonou, que s’est passé. Je peux vous dire que les autres ont compris la valeur de ce que nous avons. Malheureusement, nous-mêmes ne nous en rendons pas encore compte… il faut une prise de conscience.

Croyez-moi, je suis capable d’assumer mon avis, de m’imposer et de mériter le trophée qui valide mon parcours. Et d’ailleurs, c’est cet état d’esprit qui m’a permis de gagner ce trophée Kwabo de l’excellence et du mérite, qui a fait le rayonnement du Bénin à l’étranger. C’est pour ces deux raisons. Je ne peux pas rester assis et laisser faire. A l’étranger, je porte une responsabilité en tant que Béninois. Je voudrais faire partager et faire profiter aux compatriotes ce que je sais et que j’ai appris.

Tout ce que vous entendez faire pour les compatriotes et le Bénin, c’est très bien, cependant cela ne s’accompagne-t-il pas de quelques ambitions politiques ?

Je vous remercie de cette question parce qu’elle est sincère. Et j’apprécie la sincérité, la franchise. Voyez-vous, l’être humain est ainsi. On vous prêtera toujours des intentions. C’est ce que nous sommes. Même Jésus a été accusé d’avoir d’autres intentions. Il a été persécuté et tué. Si vous devez écouter les autres, vous ne ferez rien dans votre vie. Je suis déjà accusé. Donc ne vous en faites pas. En regardant ma vie là-bas, les gens peuvent dire pourquoi il fait ça ? On vous soupçonne, on vous attaque. La seule intention que j’ai, c’est de rendre ce que j’ai reçu. Etre Béninois est un honneur et un privilège pour moi. L’opportunité de découvrir un autre continent, J’aurais pu en jouir sans partager.

J’ai des frères et sœurs ici au pays. J’ai de la famille qui est restée ici au pays. C’est un devoir qu’on porte. Je pense que je vous le dis sincèrement, n’importe quel Béninois à ma place aurait fait la même chose. Je ne voudrais pas considérer que je suis exceptionnel. Donc je me sens vraiment à l’aise dans ce que je fais. Je ne suis pas un bienfaiteur. Je ne suis pas riche. Je ne suis pas venu donner des leçons. Je suis simplement en tant que témoin de quelque chose que j’ai vue, quelque chose qui se passe dans ce continent. Je suis venu partager ce que j’ai vu et le mettre sur la table. Est-ce qu’on peut s’en inspirer pour également devenir comme eux ? C’est tout. Je n’ai pas de prétentions et je n’ai pas d’ambitions politiques. D’ailleurs, ma fondation est apolitique. Si jamais je fais de la politique, ma fondation sera fermée par les autorités thaïlandaises.

Nous sommes arrivés au terme de cet entretien. Auriez-vous un dernier mot, un dernier message à passer ?

Le dernier mot que je voudrais faire passer c’est que le rapprochement avec l’Asie n’est pas facile. Parce que nous sommes quand même différents, par nos religions et cultures. Ils sont bouddhistes et nous, pour la plupart, chrétiens. Mais aussi nous avons une façon de faire tout à fait différente. Et cette communication sur le rapprochement peut créer des conflits. J’ai assisté à ces conflits là. Il ya un cycle d’apprentissage de la culture asiatique sur un certain nombre de choses. Alors pour faciliter cette communication, la fondation peut offrir des cours de culture asiatique par exemple. Comment travailler avec les asiatiques, comment communiquer avec eux, quel est leur système de droit ? Ne serait-ce que sur l’aspect politique, c’est une monarchie là-bas, ils ont un roi. Nous nous avons un président. La langue et la nourriture sont différentes, alors que nous avons les mêmes ingrédients. Faire le rapprochement c’est difficile, ça demande du travail préalable. Voilà, merci pour l’entretien.

Interview réalisée par : Eyangoh Ekolle et Alexis Mèton

Transcription : Eyangoh Ekolle, Alexis Méton et Didier Amoussou

Commentaires

Commentaires du site 6
  • Avatar commentaire
    GbetoMagnon Il y a 9 mois

    Je l’ai croisé icognito, en Asie sur une conférence qu’il donnait aux Etats du sud-est asiatique sur l’élaboration d’une stratégie concertée Internet: de l’Iran à la Chine. Je le croyais togolais et me demandais si seulement le Togo savais qu’il existait.

    C’était avant d’avoir lu les stratèges “Jean” et “Théophile” 🙂 🙂 

  • Avatar commentaire
    GbetoMagnon Il y a 9 mois

    @”Jean” et “Théophile” “Ce monsieur n´a aucune vision réelle pour le développement de son propre pays” 🙂 🙂 🙂 Dire qu’il est payé depuis 10 ans par les gouvernements de pays asiatiques pour leur enseigner sa vision (Singapour, Thaïlande, Népal, Malaisie, Vietnam…) 🙂 🙂 🙂

    Quels nuls ces asiatiques, franchement  ! 🙂 🙂 🙂  

  • Avatar commentaire

    Ce monsieur n´a aucune vision réelle pour le développement de son propre pays, au contraire il est á la recherche d´opportunités pour son propre épanouissement (sans aucun doute, il veut se faire nommer consul honoraire du Bénin en Thailande). C´est le propre des intellectuels béninois.
    Je m´attendais á ce qu´il parle d´exportation de nos produits vers l´Asie mais il veut inciter nos hommes d´aller á l´importation des produits asiatiques vers le Bénin.
    Que ce monsieur sache qu´aucun pays ne s´est développé en faisant de l´importation.
    Je l´invite á changer de discours et de stratégie.

  • Avatar commentaire
    Théophile Anago Il y a 9 mois

    Je dirai qu’il fait partir des sois disant cadre ou intelectuel qui s’activent pour que l’Afrique reste dans le sous développement, si non comment se fait t’il qu’il ne fait que la promotion de la consommation du riz importé, au lieu de faire la promotion des techniques culturales de production thaïlandaise et les variétés du riz de qualité à forte rendement. Ainsi donc il se sent mieux si nous démeurons peuples consommateur. Voilà nos cadres.