Bénin : Les intellectuels aux abonnés absents

Bénin : Les intellectuels aux abonnés absents

La grogne sur les radios. L'épanchement libre et sans frontières sur les réseaux sociaux. Le Béninois lambda a conquis le droit de pousser un coup de gueule ou de crier son ras-le-bol sur tous les sujets.

Bénin : Pour la culture du bilan

Saisissant contraste avec la posture qu’affichent nos intellectuels. Ils se murent dans un silence inquiétant. Pourquoi ces cadres de haut vol, nantis de science et de titres, gestionnaires patentés de la parole publique, se taisent-ils ? Voici, à titre illustratif, cinq chantiers d’intérêt national. Sollicitez l’assistance de nos intellectuels ou appelez-les au secours. Vous risquez de n’entendre que l’écho de votre propre voix.

1- La réforme du système partisan. En près de trente ans de renouveau démocratique, les Béninois ont mal à leurs partis politiques. Des partis nombreux et encombrants. Des partis aux couleurs d’un groupe ethnique, à la taille des intérêts d’une région, à l’odeur de l’argent de Tartempion, Président-Fondateur, Commanditaire-Bailleur. Comment sortir de ce désordre extrême où seul Dieu reconnaîtra les siens ?

La question suscite débats dans les bureaux, sur les marchés, dans les buvettes. Il s’agit, à la vérité, d’une question complexe. Elle exige, au premier degré, une expertise pointue que seuls détiennent nos intellectuels. C’est l’arome magique manquant à cette soupe populaire offerte à l’appétit de tous. Nos intellectuels sont outillés pour tirer du chaos des opinions des idées lumineuses. Des idées qui éclairent la société tout entière. Et pourtant, ils se taisent.

2 – Les enjeux de l’environnement et du dérèglement climatique. Colloques et fora se suivent. La menace d’un tsunami à l’échelle planétaire se précise. C’est la conséquence de nos acrobaties et tricheries avec la nature. Violents ouragans par-ci. Ravageurs incendies par-là. Bégayement climatique partout. La nature s’amuse à jouer au yoyo, à se montrer capricieuse hors de toute raison. Elle confond et fait se confronter les saisons. Nos intellectuels, parce qu’ils savent et parce qu’ils savent faire, sont nos meilleurs remparts contre ce désordre universel. Et pourtant, ils se taisent.

3 – Le franc CFA et la création d’une monnaie ouest-africaine. Le débat sur le sujet fait des vagues. Il donne des migraines à la vendeuse du marché international Dantokpa. Il donne des insomnies au vendeur à la sauvette qui se multiplie d’un endroit à l’autre de la ville. Personne ne sait à quelle sauce il sera mangé. Ce qui se dit, chaque jour, sur l’avenir du franc CFA n’augure rien de bon. Avant de tuer un animal, sur recommandation expresse de la tradition, on lui donne un peu d’eau. Ce geste est attendu de nos intellectuels qui savent. Parce qu’ils ont l’onction de la science. Et pourtant, ils se taisent.

4 – La crise sociale au Bénin en ses tenants et aboutissants. Il pleut fort sur le pays avec des grèves qui s’enchaînent. La paralysie de secteurs aussi essentiels que vitaux que sont l’école, la santé, la justice pénalise le Béninois lambda. Chaque jour, il perd ses repères, ne sachant plus à quel saint se vouer. Un essaim de questions l’assaille. La grève, c’est quoi, c’est pourquoi, c’est pour quoi faire ? Qui a le droit de retirer à qui le droit de grève et pour quelle raison ? A quelle logique répond-elle la défalcation des jours de grève du salaire des grévistes ? Pourquoi en exiger la rétrocession ? Nos intellectuels sont outillés pour éclairer la lanterne des uns et des autres. Et pourtant, ils se taisent.

5 – Les acquis de la conférence des forces vives de la nation. Depuis 1990, le mois de février, qui a vu jeter les bases du Renouveau démocratique au Bénin et hors du Bénin, est entré dans notre histoire. Il consacre l’évènement majeur qu’a été la Conférence des forces vives de la nation, matrice de l’expérience démocratique en cours chez nous. Qu’avons-nous gagné ou perdu en nous engageant dans une telle voie ? Si la démocratie est une construction continue, permanente, comment la gérons-nous au quotidien, en bien ou en mal, par action ou par omission ? Pourquoi avons-nous laissé à l’abandon l’hôtel PLM Alédjo, le lieu témoin de cet accouchement salutaire ? Quelle conscience avons-nous de notre passé et quel rapport entretenons-nous avec notre patrimoine mémoriel ? Nos intellectuels ont l’autorité souveraine de voyager dans le passé, le présent et le futur. Ils peuvent nous aider à comprendre. Et pourtant, ils se taisent.

Commentaires

Commentaires du site 11
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    GbetoMagnon Il y a 8 mois

    Peu importe les canaux de communication, l’illettrisme de la majorité des béninois et leurs usages. En faire des préalables à la contribution des intellectuels au débat public est faux.

    Le rôle de l’intellectuel (Droit, Politique, Sciences, Société, Education…) est justement de susciter l’effervescence des idées contradictoires, pas de recueillir les vivats de la foule ou de dire la messe.

    J’adhère à la position de M. CARLOS. Soit les intellectuels n’ont pas conscience de leur rôle, soit ils sont trop occupés par ailleurs, pour eux même… 

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      GbetoMagnon Il y a 8 mois

      Quant aux positions de M. AKINDES, il faut qu’il sache tout de go qu’elles sont – à mon avis – indispensables, au débat public. Il ne doit rien prendre pour lui même et ne voir dans les critiques qu’elles suscitent, que la raison même d’écrire pour élever le niveau des idées.

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    OLLA OUMAR Il y a 8 mois

    Han ! ALLOMAN, talon president émérite ! Là , laisse moi rigoler ; n’a pas fini son cursus , ça c’est sûr, profondeur de ses interventions , oui , à piller , vo.ler le benin , Mr emprunts sur emprunts , et qui vont dans sa poche , quand au reste , il fait nuit, je rejoins ma grotte et te retrouve demain 

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    Thérèse Il y a 8 mois

    Franchement, Jérôme Carlos veut dire qu’il n’a pas compris que le Bénin est malade de son élite vénale, fainéante et couarde depuis plus d’une quinzaine d’années ?

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    ALLOMANN Il y a 8 mois

    @OLLAH, même si le Président émérite Talon n’a pas fini son cursus, force est de constater quand même qu’il en impose à tous les intellectuels de ce pays par la qualité et la profondeur de ses interventions qui en font un véritable Chef d’Etat incontesté. Va revisiter ses débats en direct avec les enseignants, les pharmaciens, etc… Retourne dans tes grottes de Bora Bora et laisse Talon travailler… !!!!!

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    Cher Fofo
    On ne peut opposer la parole des intellectuels a celle du peuple s’exprimant par les moyens disponibles a savoir reseaux dit sociaux ( whatsapp et autres).
    Les deux sont necessaires.
    Dire que seuls les soit disant experts ont droit a la parole comme le soutien notre “expert ” resident -alloman- est inacceptable. En democratie, toutes les opinions doivent s’exprimer et l’expereience des uns peut valoir la connaissance livresque des autres. Si nous voulons apporter des changements dans notre pays, il va falloi apprendre a donner la parole et et ecouter ceux qui vivent et travaillent en plus de ceux qui “gambergent”.
    Maintenant il y a 2 phenomenes reels :
    1/ la realite de la presse intellectuelle de certains chercheurs et universitaires qui ne publient pas… Pour publier, il ne suffit pas de copier/coller ou de nous repeter des theories construites ailleurs. Il faut faire des enquetes, mesurer, consulter ouvragees, journaux d’epoque, receueillir et traiter des stat, etc… Combien font ce travail? Au passage saluons le travail que fait le doyen Akindes qui en retour recoit des volees de bois vert de pretendus historiens qui ne publient rien !
    2/ la realite de petit nombre de revues scientifiques ou les intellectueles peuvent publier et debattre. Les quotidiens et encore moins les reseaux dits sociaux sont mal outilles pour cela ( un article de plus de 2000 mots sur LNT n’est pas lu). Il nous faut des revues d’economie politique, une edition Benin ou Afrique de la revue “Nature” etc…

    Au dela, il faut aussi des changements culturels pour que ceux qui ont access a l’ecriture se connectent moins a FaceBook, passent moins de temps devant leur tele, etc… et plus dans les biblioitheques, dans des cafes litteraires, des conference debats, etc… Ca c’est un autre combat

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    OLLA OUMAR Il y a 8 mois

    C’est un peu vrai tout ça doyen Carlos , certains de nos intellectuels interviennent sur ces sujets dont certains sont un peu plus pointus comme affaire de dérèglement climatique , encore faudrait-il que les quelques médias publiques de la place leur ouvrent leurs antennes .
    Et puis , avec le régime talon là c’est ” gbê-dure ” , ventre qui a faim ne peut ni parler , ni écouter 😡😡😡

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    Hazoume marc-laurent Il y a 8 mois

    Deux articles recents de ma part ont ete publiés dans un quotidien de la place. Combien de personnes les ont lus et analysés? Voilà où nous en sommes. La mort des idees peut-être.

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    ALLOMANN Il y a 8 mois

    Bonjour mon Prof et doyen. Les intellectuels ne se sont jamais tu. Le problème, c’est que la Vox populi écoute plutôt les saltimbanques que les intellectuels. Sur le CFA, où je prétends avoir une certaine expertise; sur quelle base voulez-vous que je discute avec les Kamal et autres Sogbossi et Kemi Saba qui n’ont même pris la peine d’achever leur cursus scolaire et dont l’expression favorite est le slogan populiste??? Maintenant que faire (comme disait Lenine)….

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      OLLA OUMAR Il y a 8 mois

      Han! Toi là ton president de talon a-t-il fini son cursus ? Viens parler pour toi 😡