Avec la dernière annonce de la fermeture de certaines représentations diplomatiques béninoises, il convient de se poser la seule question qui vaille : quelle est, à la fin la politique étrangère du régime de Patrice Talon ? Pour mieux comprendre l’intérêt de la question, il faut préalablement faire la distinction entre diplomatie et politique étrangère.

Loading...

Si les deux notions ne sont pas synonymes, elles sont toutefois complémentaires et interdépendantes dans la mesure où la politique étrangère ne peut exister sans l’activité de la diplomatie chargée de la faire comprendre et de la mettre en œuvre. À l’inverse, la diplomatie a besoin d’être guidée par une politique étrangère lisible sinon cohérente.

Il faut donc entendre par politique étrangère l’action menée par un État dans le but d’établir des relations diverses (coopération internationale, commerciales, diplomatiques et militaires, etc.) tant, avec les autres États, que les autres acteurs des relations internationales. Pour l’internationaliste français Marcel Merle, ” la politique étrangère est […] la partie de l’activité étatique qui est tournée ; vers le ‘dehors” c’est-à-dire qui traite, par opposition à la politique intérieure, des problèmes qui se posent au-delà des frontières. 

Au travers de la politique étrangère, l’État cherche tout aussi bien à apporter une réponse au comportement des autres acteurs internationaux, que d’agir, sur son environnement pour le conserver tel quel quand il lui est favorable et le transformer quand il lui paraît défavorable. Autrement dit, l’État cherche, par le moyen de la politique étrangère à au moins maintenir et au mieux accroître ses capacités d’influence à l’extérieur du territoire national.

Quant à la diplomatie, elle est la mise en œuvre de la politique étrangère par l’intermédiaire des diplomates.

Au regard de ce qui précède, il importe de poser deux postulats afin de porter un jugement sur la politique extérieure de Patrice Talon.

D’une part, la politique étrangère correspond aux choix stratégiques et politiques des plus hautes autorités de l’État. En comparaison aux autres politiques publiques, elle joue un rôle à bien des égards primordial. Elle représente ainsi une des tâches incontournables de tout système politique. Aussi, ne peut-elle être ni statique, ni inerte et encore moins illisible ou carrément absente.

D’autre part, l’existence d’un réseau diplomatique et consulaire est indispensable pour la mise en œuvre de la politique étrangère et la protection des intérêts et des ressortissants à l’étranger.

Partant de ces deux postulats, on peut d’emblée affirmer que ce qui est en réalité le démantèlement du réseau diplomatique du Bénin est la traduction soit de l’absence d’une politique étrangère du régime Talon, soit alors d’une conception minimaliste de celle-ci, une espèce de minus habens. En tout état de cause, la politique étrangère du régime de la Rupture, pour peu qu’elle existe, est invisible ou tout le moins illisible.

Les conséquences d’une telle attitude ne peuvent qu’être préjudiciable tant pour le Bénin que pour Patrice Talon lui-même.

Pour le Bénin, il n’est point besoin de démontrer que pour le pays pauvre qu’il est, l’aide et le partenariat économique des parties intégrantes dont dispose un État pour son développement économique. À cet effet, il lui revient de définir, au regard de ses besoins, la nature de l’aide dont il a besoin et aussi, d’intégrer dans la dynamique de sa politique de développement l’aide qu’il reçoit unilatéralement de ses partenaires. En se privant donc d’une capacité de projection sur le globe terrestre par le biais du démantèlement de ses représentations diplomatiques, comment est-ce que le régime de la Rupture entend tirer profit de tous les avantages qu’offre la coopération économique ?

Ce qui est dans les faits un repli diplomatique est d’autant plus inquiétant que le Bénin, à l’instar de beaucoup de pays de la sous-région ouest-africaine, est aujourd’hui une potentielle victime du terrorisme des groupes djihadistes implantés dans la région sahélienne. Les récents événements du parc de la Pendjari ont révélé l’absence de prospective en matière de sécurité du régime Talon.

Et pourtant, il était évident au regard d’un certain nombre d’indicateurs que le Bénin était tout aussi concerné par le problème du terrorisme dans la sous-région et se devait par conséquence de prendre des mesures préventives. Cela demandait une implication plus active dans la coopération sécuritaire sous-régionale et internationale mise en place à cet effet. Ce qui n’a pas été fait.

Les conséquences pour Patrice Talon de sa fantomatique politique étrangère ne sont pas des plus anodines. S’il y a une donne en matière diplomatique que le président béninois actuel n’a pas comprise ou alors a sous-estimée, c’est la place importante qu’occupe l’établissement et l’entretien des relations personnelles entre chefs d’État africain dans leur politique étrangère.

Cet élément a très souvent servi dans la résolution de certaines impasses. À titre d’exemples, le dénouement de la crise gambienne au sujet du sort du président Yayah Jameh n’a été possible que grâce à l’implication personnelle du président guinéen Alpha Condé qui entretenait une relation de profonde amitié avec l’ex-chef d’État gambien.

Lorsque la Confédération africaine de Football réattribue l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations au Cameroun en 2021, ceci se fait au détriment de la Côte d’Ivoire qui s’est vue de fait imposée l’édition suivante de 2023. En dépit du courroux des responsables sportifs ivoiriens qui menacent de saisir les instances internationales aux fins d’annulation de cette décision, le gouvernement ivoirien entérine la décision de l’instance faîtière du football africain. Il est manifeste que des échanges au plus haut sommet ont eu lieu entre les présidents Alassane Ouattara et Paul Biya.

Le premier s’est sans doute souvenu de l’attention particulière que lui avait témoignée le second en l’honorant de sa présence à l’occasion de la cérémonie de sa prestation de serment. Le très énigmatique président camerounais est en effet connu pour la rareté de sa présence dans divers types de rencontres et cérémonies. Il faut préciser que le déplacement du président Paul Biya à Yamoussoukro était un geste d’apaisement au regard de la position de l’opinion publique camerounaise très largement acquise au président Laurent Gbagbo pendant la crise ivoirienne.

Pour en revenir au Bénin, à l’hyperactivité diplomatique du président Yayi Boni à l’époque de sa gestion, Patrice Talon oppose une apathie sans précédent pour un chef d’État béninois. Ce qui se traduit tout aussi bien par ses visites chez ses homologues africains que par l’absence de visite de ses derniers au Bénin. En dépit de ce qu’il n’est plus aux affaires, le président Yayi Boni n’a eu de cesse de mener une activité diplomatique de premier rang avec la multiplication des rencontres au plus haut sommet de l’État ainsi qu’une participation proactive à des manifestations politiques sur le continent africain. En fait, l’ex-chef d’État béninois n’a eu qu’à se mouvoir librement sur un terrain laissé à l’abandon par son successeur. 

Ce qui n’a pas été sans effet lorsqu’il a fallu résoudre la question de sa séquestration par le régime béninois. C’est peu dire que d’affirmer que sa libération a été l’œuvre de l’implication de bon nombre de chefs d’États africains en exercice et à la retraite. Si le président Yayi Boni a ainsi, pu bénéficier des retombées de son activité diplomatique et de ses relations personnelles avec ces derniers, Patrice Talon à l’inverse a pu mesurer son isolement et c’est surtout rendu compte de ce qu’il n’a jamais été admis dans le cercle de la fameuse ”mafia des présidents africains”.

Personnellement, je reste persuadé que la manifeste absence de la politique étrangère du régime de la Rupture est la conséquence des insuffisances inhérentes au parcours de Patrice Talon. Il faut se résoudre à accepter l’évidence, l’actuel président béninois n’a tout simplement pas la capacité de comprendre la mécanique étatique et a fortiori l’importance de la politique étrangère pour le fonctionnement d’un État.

La seule chose qu’il aura réussi à appréhender au sujet de ce dernier, c’est la formidable position qu’il lui a conférée pour razzier avec une aisance impudique les maigres ressources du Bénin. L’adage dit que ”tant qu’il y a la vie il y a l’espoir”. Y-a-t-il toutefois encore une seule raison d’espérer à la rédemption de Patrice Talon ? Là est toute la question. 

Richard Boni OUOROU 

Politologue 

Voir les commentaires

10 Commentaires

    • Dans son programme de campagne électorale en 2016, sur la base de laquelle il a été élu, dites moi la ou il a pris l’engagement de fermer des ambassades ou de réduire ou d’atrophier la carte diplomatique du pays. Dites le moi bien au contraire je me rappelle encore son expose a l’hôtel avec l’autre con a ses côtés riant et applaudissant comme un goguenard donc ce n’est pas parce qu’il est Pr qu’il fera du pays ce qu’il veut. Autrement on est dans une haute trahison et aller lire ce que la constitution en dit

  1. En l’absence d’explication du Gouvernement sur cette décision de fermeture, qui a sidéré tout le monde à l’intérieur et à l’extérieur du Bénin, celle là en vaut – au moins – une autre et éclaire plus que les humeurs de grognons contrariés qu’on peut lire venant de certains.
    Ne vous en déplaise, aucun pays du monde ne peut faire seul.

    \\\\\///
    (@_@)

  2. Un récidiviste têtu ce garçon qui se croit le plus intelligent.
    A qui veut-il donner des cours de diplomatie ????
    Nous étions aussi en fac de droit dans les plus grandes universités Européennes en passant par la Fasjep de l’UNB.
    Qu’il vienne me voir et je le mettrai à sa place.
    Pour dire que Monsieur Agbénonci ne se mettra pas à son niveau.
    Un taré disait l’autre.
    Pardon ; ne rajoutez pas intellectuel. Celui-là n’en est pas un.
    Un opportuniste né.
    Je passais
    Le Plombier

    • JOELEPLOMBIER
      Toi étudiant dans les grandes universitaires européennes…kia kia kia
      on était tous à Barbès , et on volait les porte monnaies. On s’tait inscrit à Nanterre en DEUG 1, puis nous fumes renvoyés après avoir triplé la 1ere année. Depuis on fait security guard à Monoprix et chez KATA à Château Rouge
      donc faut pas rencontrer cet auteur Oourou sinon il va te wourou wourou et te ridiculiser
      tu travailles ce soir ou non

    • Si vous êtes un simple soudeur de quartier ou un intellectuel «ventrocratique», c’est acceptable que les écrits du politologue ne puissent pas vous effleurer du tout.

      • C’est justement la le sujet. Les soudeurs font une meilleur analyse des decisions du gouvernement que vous intellectuel autoproclame avere. Quelqu’un qui ecrit a propos de la diplomatie, mais qui ne sait absolument rien de la diplomatie Beninoise. Laisser nos pauvres citoyens affames et aller ouvrir des ambassades dans tous les pays, c’est ca ce qui importe pour vous. Savez vous ce que ca coute a notre etat, une mission diplomatique? et savez vous ce que nous rapporte ces ambassades? vous n’en savez rien a moins que vous ne fassiez parti de ces agents ventrocrates de nos embassades qui ne plaident que leur ventre et qui ne pensent pas a l’avenir de leur propre enfants, ou bien vous etes l’un de ceux qui veulent s’opposer a tout ce que Talon fait, que ce soit bon ou mauvais.

        • Le gouvernement peut fermer toutes les ambassades s’il veut. Ce n’est pas cela qui résoudra les problèmes que vous abordez. Continuer a reflechir ainsi a cette ère c’est être inculte et ne rien comprendre de notre monde contemporain. Encouragez le gouvernement afin qu’ils ferment toutes les ambassades. Ainsi les problèmes de pauvreté d’eau d’électricité etc. Seront entièrement résolus. Vous devez avoir une pierre a la place du cerveau

          • Vous n’avez visiblement rien a proposer, sinon que de tout negativer. Et debattre avec des gens comme vous n’est qu’une perte de temps. Qui a dit jamais dit que les problemes de pauvrete
            seront entièrement résolus avec ce que fait le Gouvernement? Les pays les plus riches sur cette terre ne l’ont pas enrayer totalement, mais chacun essaye de les reduire a travers diverses reformes. Et le Benin sous Talon n’a rien fait de nouveau (a travers la reforme de la carte diplomatique) que des pays tres bien avances que nous ne font deja; il y a meme des pays occidentaux qui sous-traitent tout simplement leur service a d’autres embassades presents sur le pays hote; d’autres n’y sont purement et simplement pas present parce qu’ils n’y voient pas l’interet. Donc tout investissement qu’on fait doit etre motiver par la valeur qu’on en tire. Le jour ou (si) vous serez au pouvoir, allez ouvrir vos embassades ou vous voulez; mais aujourd’hui c’est Talon qui est au pouvoir, et laisser le conduire le Benin de la maniere qu’il juge le mieux pour notre pays.

LAISSER UN COMMENTAIRE

SVP, Entrez votre commentaire
SVP saisissez votre nom