Dans une interview, qu’il a accordée, Chrysal Kènoukon, secrétaire générale adjoint du syndicat national de l’enseignement supérieur (snes), syndicat membre de l’intersyndicale des enseignants des Universités nationales du Bénin (Unb) s’insurge contre cette décision du gouvernement. Pour lui, l’évaluation ne respecte pas les textes en la matière et les raisons évoquées ne tiennent pas la route. (Interview)

Samedi prochain c’est-à-dire le 24 août, les enseignants reversés de la promotion 2008 composent pour l’évaluation diagnostique, une décision du gouvernement. Ça fait partie des réformes dans le secteur de l’enseignement. Professeur  Chrysal Kènoukon, que pensez-vous de cette décision prise par le gouvernement et pourquoi suscite beaucoup de polémiques dans le rang des enseignants.

Chrysal Kènoukon

Merci monsieur le journaliste. Vous me demandez ce que je pense de la décision du gouvernement sur la question de l’évaluation des enseignants. Je dirai ceci. Nous nous trouvons en face d’un imbroglio, d’une confusion. Je dirai même d’un embrouillamini. Ce qui donne une empreinte d’incohérence, d’inconséquence, d’inconsistance, le tout emballé dans un drap d’illégalité.

Professeur, c’est un peu fort. Vous nous parlez de la base juridique de cette décision ?

Oui. Je parle d’inconséquence. On parle d’inconséquence lorsqu’il y a un manque de suite dans les idées. Donc tout ce que le gouvernement a dit depuis cette affaire inventée de toutes pièces, rien n’est cohérent. L’incohérence, manque de logique dans les articulations à voir les déclarations de nos ministres du gouvernement ou des rencontres avec le chef de l’Etat, rien n’est clair. Ce qui donne une inconsistance à la décision de l’autorité. Et dès lors qu’il y a inconsistance dans la décision de l’autorité, les destinataires de cette décision-là n’arrivent pas à suivre.

Oui, mais quand le gouvernement décide d’une évaluation diagnostique au profit des enseignants, qu’ est-ce qui peut justifier selon vous l’incohérence dont vous parlez.

Oui j’ai dit le tout sur une toile de fond d’illégalité. Je vais me justifier. Par exemple des affirmations gratuites. Tantôt on entend dire, la baisse de niveau dans les écoles et collèges est due au faible niveau des enseignants du primaire comme du secondaire.  Drôle de diagnostique ! On a entendu dire même de nos responsables confédéraux et qui sont allés rencontrés le chef de l’Etat que c’est une Ong internationale qui aurait distribué des fiches à des enseignants d’une commune et qui aurait alerté le gouvernement, je crois de la baisse du niveau des enseignants. Mais est-ce comme cela qu’on procède à une étude diagnostique ? Incohérence toujours, au départ le gouvernement dit que l’évaluation concerne tous les enseignants. Les gens sont allés composer. Ça, il faut le dire. Au départ, le mot de nos collègues du primaire et du secondaire n’était pas le boycott.  Ils sont allés composer jusqu’à 98 %. Mais le gouvernement aurait trouvé que les résultats étaient excellents et à partir de ce moment là qu’il faut donc reprendre cette évaluation. C’est à partir de là que les enseignants ont commencé alors à douter de la bonne foi du gouvernement parce que lorsqu’on trouve que les résultats sont excellents et que cela sort de la réalité pour des enseignants en situation au moins depuis 10 ans jusqu’à 15 ans, ça veut dire que les organisateurs de cet examen on doit pouvoir les interpeller. Mais on ne classe pas des résultats parce qu’on estime qu’ils sont trop bons. Donc inconséquence !

L’incohérence c’est qu’alors qu’on parle d’enseignants, on surprend des documents  du gouvernement, des communications en conseil des ministres qui demandent de recenser des agents du ministère de la santé qui sont reversés la même année que ces collègues qui sont réévalué dans nos ministères des enseignements primaire et secondaire. Il y a là une incohérence. Donc, les collègues se posent la question de savoir si le problème n’est pas seulement au niveau de l’enseignement. Donc le gouvernement fait varier les arguments.

Mais la décision de faire évaluer les enseignants n’a-t-elle pas de base juridique ? Ou qu’est-ce qu’on aurait pu faire ?

Ça n’a pas de base juridique du tout. C’est en cela que je parlais de l’illégalité de la décision. Nous avons la loi d’orientation de novembre 2003 sur l’éducation nationale en son article 66 qui dit ceci : « Il est organisé, chaque année, à l’intention des personnels enseignants et d’encadrement et, selon le cas, des programmes de formation obligatoire de perfectionnement ou de recyclage destinés à améliorer leur prestation pédagogique, technique et professionnelles. En fonction des besoins de l’Etat ou sur demande sociale, il peut être organisé à l’intention de ces personnels, des stages de requalification». Donc nous avons une loi d’orientation qui réglemente comment les gens devraient être évalués. Plus loin, le statut particulier des enseignants du secondaire et même du primaire dont l’article 38 dit ceci : « les inspecteurs de l’enseignement secondaire général sont chargés d’assurer le contrôle et l’inspection pédagogique des personnels enseignants des établissements publics et privés de l’enseignement secondaire général, d’évaluer les contenus et les méthodes d’enseignement, d’assurer l’encadrement pédagogique du personnel enseignant et de participer à la conception et à la certification des programmes et plans de formation ainsi qu’à l’organisation des examens et concours ». Mais est-ce que ce que le gouvernement veut organiser maintenant entre dans ça ? Et c’est ce que les collègues soulèvent. L’évaluation qu’on veut organiser là est contraire aux textes. Il y a des lois qui délimitent le cadre dans lequel, ils doivent être évalués. Mais le gouvernement fait fi de tout ça.

Maintenant, on dit que c’est l’Office du Bac qui organise. En prenant les textes de l’Office du Bac, est-ce que cet office a qualité pour évaluer les enseignants ? Non. Donc là encore, c’est une violation des textes de l’Office du Baccalauréat. Il y a un corps de contrôle dans le secteur de l’enseignement qui les a toujours évalués et les résultats sont là. Donc, il faut aller au dépouillement des rapports de ces inspecteurs pour voir ceux qui ont un déficit de niveau pour ensuite les envoyer en formation tout simplement.

Il n’y a même pas de logique parce que lorsqu’on dit que le professeur de mathématiques sera évaluer dans une épreuve de mathématiques, est-ce que c’est ça qui va relever son niveau ? il y a une incohérence. Il y a quelque chose là que le gouvernement cache.

Selon vous qu’est-ce que le gouvernement peut cacher ?

Ce que le gouvernement cache est très clair. Nous sommes redevenus l’un des meilleurs élèves du Fond Monétaire Internationale (Fmi) et de la Banque Mondiale (Bm) où le gouvernement serait sous pression pour pouvoir dégraisser la fonction publique, réduire le nombre d’agents, le nombre de fonctionnaires et le nombre de contractuels que l’Eta paie.

Mais pourtant, les ministres en conférence de presse ont rassuré les enseignants qu’il n’y aura pas de radiation !

Mais écoutez, est-ce que vous pouvez assurer quelqu’un en dehors de la loi, en violant les textes ? C’est là le problème fondamental. On porte la couverture de l’illégalité et on vient faire une profession de foi. Quelle est cette République là ? C’est en cela que je dis que la décision de l’autorité manque de consistant et dès lors que ça manque de consistant, les destinataires de cette décision se braquent. Et c’est tout ce qui arrive.

Mais professeur, samedi prochain, l’évaluation aura lieu. Dans le rang en tout cas des enseignants, c’est un peu la confusion. Certaines voix appellent d’ailleurs à boycotter les épreuves. Et surtout on a entendu la déclaration de l’intersyndicale des enseignants du supérieur aussi qui soutient les enseignants qui penchent pour le boycott. Est-ce que c’est la meilleure méthode ?

Vous soulevez d’abord la question des inquiétudes de nos collègues du primaire et du secondaire. Nous sommes d’accord. Ce sont des inquiétudes parfaitement fondées. Lorsque vous détenez une qualification et qu’on vous la dénie, vous êtes blessé dans votre amour propre. <et tout individu blessé dans son amour propre cherche à se défendre et ils sont dans cette position. Lorsque votre honneur et votre dignité sont bafoués, vous êtes obligés de vous défendre. Et ils sont en position de riposte actuellement. C’est ce que les collègues sont entrain de faire. Lorsque la confiance déserte le forum dans une nation, la force du pouvoir s’étiole. Lorsque l’autorité jusqu’au sommet de l’Etat prend une décision contesté, ce n’est pas bien.

Maintenant, vous avez évoqué la question de la déclaration de l’intersyndicale. Oui, on dit souvent que quand la maison de votre voisin prend feu et que vous ne faites rien, l’incendie peut gagner la vôtre. Nous entendons déjà des ministres dire qu’il y a trop de jeunes docteurs recrutés à l’université. Voilà ! Donc, la question du redressement ou du dégraissage de la fonction publique, ça ne va pas épargner l’université. A partir de ce moment, nous ne pouvons pas croiser les bras. C’est pourquoi l’intersyndicale dans un premier temps a sorti une déclaration sur la question. Mais tout n’est pas là. Le système éducatif est un tout. Lorsque ça ne va pas au primaire, c’est le secondaire qui en ressent avant l’université. Et si ça ne va pas au secondaire, c’est l’université qui en ressent et vice versa. A partir de ce moment, nous ne pouvons pas croiser les bras pour dire que c’est une question qui ne nous concerne pas. Nous sommes solidaires, nous les soutenons dans leur combat. La vie est un combat. Il ne faudrait pas que les gens qui socialement se trouvent au niveau de la hiérarchie désarticulent totalement notre système éducatif.

Mais selon le communiqué du ministre de l’enseignement secondaire et autres, les enseignements qui ne prendront pas part à cet examen seront seuls responsables des déconvenues. Pensez-vous que selon ces propos et la tension actuelle, ça ne vaudrait pas mieux que ces enseignants aillent composer ?

Je vous ai cité l’article 66 de la loi d’orientation et l’article 38 du statut particulier des enseignants du secondaire. Tous ceux qui iront composer seront dans l’illégalité. Mais ce sont ceux qui résistent à la composition qui sont dans la légalité parce qu’avant de le faire il faut d’abord recourir à la révision des textes. Nous sommes dans un Etat de droit. Le président Patrice Talon dit toujours qu’il faut respecter la loi et qu’il faut faire tout selon les lois de l’Etat. Maintenant, je ne sais pas pourquoi sa profession de foi doit être hissée au rang même de la constitution. Je ne crois pas. Donc c’est totalement contraire. Maintenant, nous attendons. Si les gens ne vont pas composer et qu’on les radie, nous sommes là pour voir. Il y a un proverbe fon qui dit que celui qui secoue l’arbre n’est pas lui-même au repos. Qu’on sache que c’est l’éducation qui est à la base de tout et que nous sommes solidaires au niveau de l’intersyndicale de leur organisation pour çà là de resserrer leur rang et de ne pas se laisser faire. C’est totalement illégale, illogique, inconséquent, incohérent.

Et dans ce cas, qu’avez-vous maintenant à dire à l’endroit des autorités ?

J’accuse les erreurs de Patrice Talon. J’accuse l’élite qui l’entoure parce que si ça ne va pas, on dit : Monsieur le président, on ne peut pas aller dans cette direction. Et si c’est le président qui ne veut pas suivre, on dépose le tablier. Et je crois que depuis qu’il a pris le pouvoir, il y a un peu plus de 3 ans, si l’élite a eu le courage de le faire, il (ndlr Patrice Talon) se serait déjà ressaisi. Maintenant, lui, président, si c’est lui qui n’écoute pas, qu’il sache que de l’accoutumance, à se faire obéir et à donner des ordres naissent nécessairement l’arbitraire et la tyrannie. Qu’il (ndlr Patrice Talon) sache que si tout ce qui se passe vient de lui qui ne se trouve pas être ouvert à tous les cadres qui l’entourent, qu’il sache que c’est lui qui est en erreur. On doit préserver les enseignants. On doit les chouchouter parce que tout passe par l’éducation.

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1 COMMENTAIRE

  1. Validé. Ils ont dit qu’ils sont les vraies têtes qui appliquent rigoureusement les textes et voilà qu’ils semblent passer à côté de ces textes. Et quel est le qualificatif qu’on leur donne, désert d’incompétence frappé de crétinisation

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