Que consommons-nous réellement comme lait en Afrique ? Cette question mérite qu’on se la pose tant le lait est sujet de polémique ces derniers temps. Une coalition d’ONG composée de SOS Faim, Oxfam, Vétérinaires Sans Frontières, l’European Milk Board (EMB) représentant les éleveurs européens et la campagne « Mon lait est local » représentant les éleveurs ouest-africains ont lancé un programme dénommé « N’exportons pas nos problèmes » pour dénoncer la surproduction de lait dans l’Union Européenne et ses conséquences sur la consommation du kossam en Afrique.

La suppression des quotas laitiers dans l’Union en 2015 a entraîné une surproduction de lait en Europe. Résultat, le prix du lait chute et les éleveurs européens ont du mal à s’en sortir avec ces prix horriblement bas. Mais pour les industriels opérant dans le domaine des produits laitiers, l’occasion était belle de se faire de jolis bénéfices. Ceux-ci usent d’un subterfuge très habile pour tirer le meilleur de la situation en servant au consommateur africain du lait plutôt dénaturé. Comment s’y prennent-ils donc ?

Un lait semi-animal, semi-végétal pour les Africains

Des multinationales telles Lactalis, Nestlé, Milcobel, Friesland Campina, Glanbia, etc. profitent de la forte demande de beurre en Europe et dans le monde pour extraire la matière grasse animale du lait. Cette matière grasse est transformée en beurre et vendue chèrement partout dans le monde. Le reste de lait écrémé est alors engraissé à l’huile de palme en remplacement de la graisse animale, puis transformé en lait en poudre. Ce nouveau lait qui est un produit semi-animal, semi-végétal est orienté vers les marchés africains. Il sera vendu en Afrique entre 800 et 1100 francs le litre au moment où le lait local purement animal est vendu à 1500 francs.

Une concurrence déloyale

La concurrence est impossible dans ce cas et les producteurs locaux ne peuvent pas s’en sortir. Les industries laitières africaines préfèrent aussi ce lait low-cost au détriment du lait local. Le lait produit localement peine à s’imposer sur le même marché que ce lait hybride venus d’Europe. L’intrusion de matières grasses végétales dans ce lait n’entache en rien sa valeur selon les multinationales occidentales. Cependant la question qu’on est en demeure de se poser est celle de savoir pourquoi ce lait hybride n’est jamais consommé en occident et est spécialement préparé pour les pays africains. En somme, une sorte d’exploitation de la misère des pauvres.

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