Roi Mohammed VI : deux journalistes français condamnés pour tentative de chantage

La justice française vient de refermer une affaire qui avait agité les milieux médiatiques et diplomatiques depuis près d’une décennie. Deux journalistes français, Catherine Graciet et Éric Laurent, ont été jugés coupables d’avoir tenté d’obtenir une somme d’argent auprès du roi Mohammed VI en échange de l’abandon d’un projet de livre critique. Leur condamnation en appel, prononcée à Paris le 2 octobre, marque une étape décisive dans un dossier où la frontière entre investigation journalistique et dérive personnelle a été au cœur des débats.

Un souverain scruté et contesté

Mohammed VI règne sur le Maroc depuis 1999, succédant à son père Hassan II. Présenté au début de son règne comme un monarque modernisateur, il a lancé plusieurs réformes sociales et économiques, tout en s’imposant comme un acteur central de la diplomatie africaine. Mais son exercice du pouvoir est aussi régulièrement critiqué pour la concentration des richesses et le contrôle serré des voix dissidentes. C’est dans cette tension entre ouverture et autorité que s’est développée la carrière de journalistes comme Catherine Graciet et Éric Laurent, auteurs en 2012 du livre « Le roi prédateur », qui avait fortement déplu au palais royal.

Entretiens secrets et arrestation spectaculaire

Trois ans après cet ouvrage, les deux journalistes avaient signé un contrat pour poursuivre leurs investigations avec un second tome. Mais l’été 2015 a pris une tournure inattendue. Éric Laurent a sollicité une rencontre avec l’entourage du souverain. Reçu par l’avocat Hicham Naciri dans un palace parisien, il a ouvert la voie à des discussions financières. Deux autres entrevues, placées sous surveillance policière, ont suivi. La dernière, le 27 août, s’est conclue par la signature d’un accord de deux millions d’euros contre l’abandon du livre annoncé.

L’instant d’après, la scène ressemblait à un film policier : les deux journalistes étaient interpellés avec des enveloppes contenant chacun 40 000 euros en liquide. Une image forte qui a pesé lourd devant les tribunaux, même si les intéressés ont affirmé qu’il ne s’agissait pas de menaces mais d’un « arrangement » qu’ils reconnaissent aujourd’hui comme une faute professionnelle.

Un verdict symbolique pour la presse et le pouvoir

En première instance, la peine était d’un an de prison avec sursis et de 10 000 euros d’amende. L’appel a légèrement modifié la sanction : dix et douze mois avec sursis pour Catherine Graciet et Éric Laurent, assortis d’une amende réduite à 5 000 euros chacun. Derrière ces chiffres se dessine une décision lourde de sens : la justice française confirme la culpabilité, tout en évitant l’incarcération ferme.

Cette affaire pose une question de fond sur la crédibilité du journalisme d’investigation. Comme un médecin qui franchirait la ligne entre soin et intérêt personnel, un journaliste qui accepte un marché financier met en péril l’essence même de son métier. Pour Rabat, ce verdict équivaut à une victoire morale : il réaffirme l’autorité du roi face à ceux qui entendaient tirer profit de sa réputation.

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