Soutien indéfectible au Front Polisario, plaidoyer pour un référendum d’autodétermination, refus de toute solution négociée sous souveraineté marocaine : pendant plus de cinquante ans, l’Algérie a tenu une ligne constante sur le dossier du Sahara occidental. Cette ligne vient de bouger.
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a publiquement salué le processus de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario, lors d’un discours prononcé dimanche 25 mai 2026 à Alger, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique. Pour la première fois, Alger valide officiellement un cadre de dialogue placé sous médiation américaine, tout en s’y positionnant comme simple observatrice.
Alger se dit satisfaite du cadre onusien et américain
Ahmed Attaf a indiqué que l’Algérie « salue favorablement » le processus de négociations lancé en début d’année, placé sous l’égide conjointe des Nations unies et des États-Unis. Le chef de la diplomatie algérienne a précisé qu’Alger participe à ces discussions au même titre que la Mauritanie — en qualité de pays voisin et d’observatrice —, écartant ainsi toute assimilation à une partie prenante au conflit. Cette clarification répond directement aux interprétations de Rabat, qui cherchait à élargir le périmètre des parties impliquées.
Le discours s’est appuyé sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 31 octobre 2025. Ce texte, approuvé par onze voix — sans la participation de l’Algérie au vote —, soutient pour la première fois l’initiative marocaine d’autonomie comme base d’un règlement durable, reléguant de fait l’option du référendum d’indépendance au second plan.
Un glissement notable dans la diplomatie algérienne
Le fait qu’Ahmed Attaf salue désormais un processus fondé sur la résolution 2797 — sans mentionner explicitement le référendum — marque un tournant dans la position historique d’Alger. Selon François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, « le point de départ du processus de négociations en cours sous la houlette américaine, c’est l’abandon implicite du référendum d’autodétermination ».
Ce repositionnement résulte d’une pression croissante de Washington. Depuis février 2026, Massad Boulos, conseiller Afrique de la Maison-Blanche, a réuni à plusieurs reprises le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario, d’abord à Madrid, puis à Washington, accélérant une cadence diplomatique inédite sur ce dossier.
Le mandat de la MINURSO, la mission onusienne déployée au Sahara occidental, court jusqu’en octobre 2026, date à laquelle le Conseil de sécurité devra se prononcer sur son renouvellement — une échéance qui pourrait cristalliser les positions de chacune des parties.



