Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela depuis début janvier, a été conviée à une visite à la Maison Blanche à Washington, dans une situation de relations historiques bouleversées entre Caracas et Washington. Cette invitation, annoncée par un porte‑parole de l’exécutif américain ce mercredi, surprend tant par son timing que par ses implications géopolitiques et économiques. Il s’agit d’une démarche rare entre les deux nations depuis des décennies, marquant possiblement un tournant dans la coopération, notamment autour du pétrole et des questions de sécurité. L’invitation intervient alors que les liens diplomatiques entre le Venezuela et les États‑Unis se redéfinissent à grande vitesse depuis un événement sans précédent au cœur de la capitale vénézuélienne. Cette visite pourrait avoir des retombées majeures sur les stratégies régionales et la politique énergétique mondiale. Washington n’a toutefois pas détaillé le calendrier ni l’agenda précis de cette rencontre.
Une visite inédite qui reflète une diplomatie en mutation entre Venezuela et États‑Unis
L’annonce de l’invitation de Delcy Rodríguez à la Maison Blanche intervient à un moment où les relations entre le Venezuela et les États‑Unis se restructurent profondément après une période de tensions extrêmes. Historiquement, Caracas et Washington ont connu des décennies de mésentente, notamment sous les présidences de Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, marquées par des critiques virulentes et des ruptures diplomatiques. La perspective d’une visite officielle à Washington d’un chef d’État vénézuélien (en dehors des sommets multilatéraux ou des Nations unies) n’avait pas été effective depuis les années 1990, ce qui fait de cette invitation une étape potentiellement significative.
Les responsables américains ont souligné que cette démarche s’insère dans une volonté de « stratégie pragmatique », visant à stabiliser la transition en cours à Caracas et à faciliter une collaboration plus étroite sur des dossiers jugés prioritaires tels que la sécurité régionale, la libération de détenus et l’accès aux richesses pétrolières vénézuéliennes. Jusqu’ici, la Maison Blanche n’a pas précisé si la rencontre serait consacrée à des accords économiques, à des questions pétrolières ou à des négociations politiques plus larges.
Transition politique à Caracas : de Maduro à Rodríguez
Delcy Rodríguez, ancienne vice‑présidente sous Nicolás Maduro, est devenue présidente par intérim de la République bolivarienne du Venezuela après la capture de ce dernier par des forces américaines lors d’une opération militaire début janvier. La Cour suprême vénézuélienne avait alors ordonné à Rodríguez d’exercer les fonctions présidentielles pour garantir la continuité administrative, décision qui a été suivie de son investiture officielle le 5 janvier 2026.
Cette transition de pouvoir s’est opérée dans une situation de bouleversement sans précédent pour le pays sud‑américain. Maduro, figure centrale de la Révolution bolivarienne depuis plus de dix ans, a comparu devant un tribunal fédéral à New York pour répondre à des accusations de narcotrafic, après son transfert sous garde américaine. Cette situation a plongé le Venezuela dans un moment politique délicat, avec des institutions nationales appelées à gérer la gouvernance du pays en l’absence de son dirigeant longtemps contesté.
Dès son accession à la présidence intérimaire, Rodríguez a adopté une posture nuancée, oscillant entre affirmation de la souveraineté nationale et ouverture à un dialogue avec Washington. Alors que certaines de ses premières déclarations affirmaient que « le Venezuela n’est gouverné par aucune puissance étrangère », elle a simultanément engagé des discussions avec des responsables américains pour explorer des pistes de coopération, notamment en matière de sécurité et de développement économique.
Diplomatie énergétique et enjeux économiques au centre des discussions
L’un des principaux éléments potentiels de coopération évoqués dans les coulisses de cette visite porte sur le secteur pétrolier, pilier de l’économie vénézuélienne depuis des décennies. Après l’intervention américaine et la capture de Maduro, Rodríguez et son gouvernement provisoire ont conclu des accords portant sur l’envoi de millions de barils de pétrole brut vers les États‑Unis, une mesure destinée à relancer la production et à générer des revenus pour le pays.
Ces initiatives traduisent une détérioration de l’économie vénézuélienne, minée par des années de crise et par l’effondrement de la production pétrolière. Rodríguez a récemment indiqué que les revenus tirés de la vente de pétrole pourraient être utilisés pour renforcer le système de santé, durement affecté par la crise prolongée, soulignant l’interdépendance entre les questions économiques internes et les négociations internationales.
Pour Washington, l’accès aux ressources énergétiques vénézuéliennes représente non seulement une opportunité économique, mais aussi un levier stratégique dans une région où la concurrence pour l’influence géopolitique est intense. Le gouvernement américain a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour un redémarrage de la production pétrolière vénézuélienne, conditionnant parfois cette reprise à des réformes politiques et à la coopération de Caracas.
Alors que Delcy Rodríguez s’apprête à franchir les portes de la Maison Blanche, cette visite pourrait être interprétée comme un moment charnière dans les relations entre Washington et Caracas. Si les détails de la rencontre restent à définir, le simple fait qu’une dirigeante vénézuélienne soit invitée à Washington depuis plus de 25 ans témoigne d’un changement de ton et d’une tentative de normalisation, même partielle, après une période d’hostilités.



