Venezuela : mobilisation générale et régime militaire pour le secteur industriel


​L’équilibre du pouvoir au Venezuela traverse une phase d’instabilité extrême depuis l’intervention des forces spéciales américaines le 3 janvier dernier. Entre l’incarcération de Nicolás Maduro à New York et l’ascension de Delcy Rodríguez au rang de présidente par intérim avec le soutien de l’armée, le pays est scindé par une double autorité. Tandis que Washington revendique un droit de regard sur la transition, les instances de Caracas tentent de maintenir la souveraineté nationale par des mesures d’exception, transformant la gestion administrative en une véritable structure de défense.

Une économie de guerre pour protéger les ressources de PDVSA

Face à la pression extérieure et au blocus maritime, l’appareil productif vénézuélien change de nature. La priorité absolue est désormais accordée à la protection des infrastructures énergétiques, pivots de la survie économique du pays. Dans ce cadre, les complexes d’extraction et les raffineries de la compagnie nationale PDVSA font l’objet d’un déploiement massif des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB). L’objectif est clair : prévenir tout sabotage interne ou toute saisie par des unités étrangères.

Cette surveillance ne se limite pas aux murs des usines. Les autorités ont instauré des règles de fonctionnement strictes où la hiérarchie militaire prime sur les contrats de travail civils. Les ouvriers et techniciens sont désormais considérés comme des maillons essentiels de la résistance nationale, avec une obligation de service renforcée. Ce basculement vise à garantir que le flux de brut, malgré les sanctions et les tensions, ne soit pas interrompu, sécurisant ainsi les dernières marges de manœuvre financières du gouvernement de transition.

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Discipline martiale et réquisition dans les zones industrielles stratégiques

​Le passage au régime militaire pour les travailleurs du secteur industriel marque un tournant dans la gestion de la crise. Chaque employé des filières jugées vitales — pétrole, électricité et industries lourdes — opère désormais sous une discipline de fer. Les absences sont scrutées et les cadences de production sont dictées par des impératifs de sécurité nationale. Cette militarisation du travail vise à transformer les sites de production en bastions imprenables, où la loyauté envers l’administration de Delcy Rodríguez est érigée en devoir patriotique.

Au-delà de la production pure, c’est toute la chaîne logistique qui est réorganisée. La milice nationale et les troupes régulières supervisent directement la distribution des ressources pour éviter tout détournement ou paralysie des services publics. Cette fusion entre forces armées et main-d’œuvre industrielle pourrait être envisagée comme la seule stratégie capable, aux yeux de Caracas, de contrecarrer l’influence croissante du directoire de transition soutenu par les États-Unis.

Cette transformation brutale du monde du travail vénézuélien redéfinit les contours d’un pays en état de siège. En liant le sort de ses ouvriers à celui de ses canons, le pouvoir intérimaire joue sa dernière carte pour conserver le contrôle effectif du territoire face à l’incertitude politique totale qui règne sur le futur gouvernement.

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