Conçu pour rivaliser avec le F-22 Raptor américain et le J-20 chinois, le Sukhoi Su-57 — baptisé « Felon » par l’OTAN — représente le fer de lance de l’aviation militaire russe. Capable d’atteindre une vitesse de pointe avoisinant 2 600 km/h grâce à ses deux turboréacteurs, ce chasseur furtif combine une maniabilité exceptionnelle, une furtivité radar avancée et un cockpit largement automatisé assisté par intelligence artificielle. Son rayon d’action dépasse les 2 000 kilomètres, et il peut emporter dans ses soutes internes aussi bien des missiles air-air longue portée que le redouté missile hypersonique Kinjal. Autant de caractéristiques qui font de lui un appareil de cinquième génération convoité bien au-delà des frontières russes. Et c’est précisément en Algérie que ce chasseur vient de faire une apparition remarquée, propulsant le continent africain dans une nouvelle dimension militaire.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ce dimanche 8 février 2026 a dissipé les derniers doutes. On y distingue la silhouette caractéristique d’un Su-57E évoluant à haute altitude dans le ciel algérien, accompagnée du sifflement puissant de ses moteurs — un son si distinctif que les observateurs occidentaux l’ont surnommé « Banshee », du nom de cette créature du folklore irlandais dont le cri annonce l’inéluctable. Les images, apparemment captées par hasard par un berger local, confirment ce que plusieurs sources spécialisées avançaient depuis des mois : l’armée de l’air algérienne dispose désormais opérationnellement du chasseur furtif russe.
L’Algérie premier pays arabe et africain à déployer le chasseur furtif russe Su-57
L’histoire entre Alger et le Su-57 remonte à décembre 2019, lorsque les premières négociations sérieuses ont été engagées avec Moscou. Pendant plusieurs années, cette commande a relevé du serpent de mer, alimentée par des rumeurs persistantes et des démentis tout aussi réguliers. Le tournant est intervenu en février 2025, quand la télévision d’État algérienne a levé le voile sur l’acquisition de chasseurs Su-57E, version export de l’appareil. L’Algérie devenait alors officiellement le tout premier client étranger de ce programme, devançant des candidats comme la Turquie ou l’Inde, un temps pressentis.
Le directeur général d’United Aircraft Corporation (UAC), Vadim Badkha, a ensuite confirmé lors du Salon aéronautique de Dubaï en novembre 2025 que deux exemplaires avaient été remis à l’Algérie. Selon ses déclarations, les appareils sont « entrés en service opérationnel et démontrent leurs meilleures qualités ». Parallèlement, des pilotes algériens suivent une formation spécifique en Russie, un volet intégré au contrat qui porte sur 14 appareils au total, pour un montant estimé à environ deux milliards de dollars.
Cette acquisition fait de l’Algérie le premier pays du continent africain et du monde arabe à intégrer un chasseur de cinquième génération dans son arsenal. Elle rejoint ainsi un cercle extrêmement restreint de nations — aux côtés des États-Unis, de la Chine, d’Israël et de l’Italie — disposant d’appareils furtifs de dernière génération. En Méditerranée, seuls les F-35 israéliens et italiens occupaient jusqu’ici ce créneau. Même la France, avec son Rafale pourtant très performant, ne possède pas d’avion classé cinquième génération.
Washington menace Alger de sanctions face au partenariat militaire russo-algérien
L’arrivée du Su-57E en Afrique du Nord ne laisse pas indifférents les États-Unis. Devant la commission des affaires étrangères du Sénat, Robert Palladino, chef du Bureau des affaires du Proche-Orient au Département d’État, a clairement exprimé les réserves américaines. L’administration de Donald Trump envisage d’appliquer la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) à l’encontre de l’Algérie, un instrument de pression déjà brandi contre d’autres partenaires de Moscou.
La concrétisation de cette commande a d’ailleurs été facilitée par ce que plusieurs analystes décrivent comme un assouplissement officieux des sanctions CAATSA, perceptible dès les jours suivant l’élection de Trump en novembre 2024. Mais les relations entre Washington et Moscou se sont depuis considérablement refroidies, et rien n’exclut un retournement de situation qui pourrait compliquer la livraison des douze appareils restants.
Pour l’Algérie, qui consacre plus de 18 % de ses dépenses publiques à la défense en 2026, l’enjeu dépasse la simple modernisation de sa flotte aérienne. Le pays, déjà équipé de Su-30MKA, de MiG-29 et de systèmes antiaériens S-300, cherche à maintenir un avantage technologique face au Maroc voisin, dont la commande de 25 F-16 Viper — attendus entre 2026 et 2029 — redessine les équilibres régionaux. L’intégration du Su-57E avec les batteries de défense antiaérienne déjà en place pourrait constituer un dispositif de protection particulièrement dissuasif sur l’ensemble du territoire algérien, le plus vaste d’Afrique.
Les prochains mois diront si les douze Su-57E restants parviendront effectivement à Alger malgré les pressions diplomatiques américaines, ou si cette première livraison restera longtemps un symbole isolé. Une chose est certaine : avec ces chasseurs furtifs survolant désormais son territoire, l’Algérie a ouvert un chapitre inédit pour l’aviation militaire africaine.



