Politique en Afrique : L’éthique, une illusion ou un rêve lointain ?

Le spectacle est devenu presque banal sur les écrans de télévision et les fils d’actualité du continent noir. En Afrique, la politique semble souvent être un théâtre d’ombres où les convictions se négocient au plus offrant et où l’éthique, cette boussole morale censée guider l’action publique, paraît reléguée au rang de mythe antique. Le mal le plus visible de cette érosion morale porte un nom bien connu : la transhumance politique. À l’image des troupeaux cherchant des pâturages plus verts selon les saisons, une partie de la classe politique africaine migre sans vergogne vers les cercles du pouvoir dès que le vent tourne. Ce phénomène n’est pas qu’une simple anecdote de carrière. Il révèle une absence structurelle d’idéologie. Dans de nombreuses démocraties du continent, les partis politiques ne se forment pas autour d’un projet de société ou d’une vision économique claire, mais autour d’une personnalité ou d’une appartenance ethnique. Résultat : lorsque le chef change de camp ou que le parti au pouvoir propose un ralliement, les militants et les cadres suivent, souvent pour garantir leur survie matérielle ou leur impunité. « La politique en Afrique est devenue un investissement à court terme, pas un engagement pour la cité », déplore un analyste politique basé à Nairobi. « On n’entre plus en politique pour servir, mais pour se servir et se protéger. »

Le pouvoir, ce miroir déformant

L’un des syndromes les plus décourageants pour la jeunesse africaine est le retournement de veste systématique des opposants une fois parvenus au sommet. Le passage des discours de mobilisation populaire à l’exercice du pouvoir s’accompagne souvent d’un décalage avec les promesses initiales. Hier, il tonnait contre « la dictature » et « la malgouvernance » depuis les bancs de l’opposition. Aujourd’hui, fraîchement installé dans les dorures d’un palais présidentiel ou d’un ministère, le même homme utilise les mêmes méthodes qu’il fustigeait autrefois. Cette versatilité du discours crée un fossé de méfiance abyssal entre les citoyens et leurs représentants. En 2026, alors que les crises sécuritaires et économiques pèsent lourdement, ce manque de cohérence contribue à fragiliser la confiance envers les responsables publics et favorise l’émergence de discours populistes.

À quand l’éveil de la conscience politique ?

Si le diagnostic est sombre, faut-il pour autant condamner l’éthique au rang de rêve lointain ? Pas nécessairement. Parler d’éthique en politique en Afrique ne sera possible que lorsque deux conditions majeures seront remplies : l’institutionnalisation des partis et La pression de la Société civile.

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