Sénégal : le carfentanil, drogue des éléphants et tueuse d'hommes, saisie pour la 1ʳᵉ fois

Le commissariat d’arrondissement de Grand Yoff a procédé, dans la nuit du 26 au 27 février 2026, à l’interpellation d’un homme à Khar Yalla, un quartier de Dakar, en possession de seize comprimés d’une substance jusqu’alors inconnue sur le territoire sénégalais : le carfentanil. Le Laboratoire National d’Analyse des Drogues (LNAD) a confirmé la nature de la substance — une première détection officielle au Sénégal.

Le suspect, âgé de 42 ans, circulait à moto au moment de son interpellation. La fouille a permis la découverte d’un sachet rouge dissimulé dans l’une de ses poches, contenant seize comprimés blancs. Entendu par les enquêteurs, l’homme a déclaré avoir acquis ces comprimés aux HLM Rail-Bi auprès d’un vendeur de médicaments de rue. Il est poursuivi pour association de malfaiteurs et détention de substances psychotropes aux fins de trafic.

Une substance conçue pour abattre des éléphants, létale pour l’homme à dose infime

Le carfentanil est un opioïde synthétique dérivé du fentanyl, mis au point dans les années 1970 et utilisé exclusivement en médecine vétérinaire pour la sédation d’animaux de grande taille — éléphants, rhinocéros, grands bovidés. Il ne dispose d’aucune autorisation d’usage chez l’être humain. Sa puissance pharmacologique est estimée à cent fois celle du fentanyl et à dix mille fois celle de la morphine. Quelques microgrammes suffisent à provoquer une dépression respiratoire fatale. La marge entre une dose susceptible de produire un effet et une dose mortelle est quasi inexistante.

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Le fentanyl lui-même, cent fois moins puissant, est à l’origine de centaines de milliers de décès par overdose en Amérique du Nord depuis les années 2010. L’Agence antidrogue américaine (DEA) le classe parmi les substances les plus dangereuses en circulation. Le carfentanil, de son côté, a été impliqué dans plusieurs incidents collectifs graves, dont l’opération des forces spéciales russes lors de la prise d’otages du théâtre Doubrovka à Moscou en 2002, où un aérosol contenant vraisemblablement du carfentanil avait causé la mort d’environ 130 otages.

L’OCRTIS saisi pour remonter la filière

La Division de la Police Technique et Scientifique (DPTS) a été mobilisée dès la saisie pour procéder à l’expertise des comprimés. Les résultats du LNAD ayant formellement établi la présence de carfentanil, l’Office Central de Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS) a été saisi pour identifier la filière d’approvisionnement et déterminer l’origine des comprimés. Le suspect demeure en garde à vue.

La question de la provenance reste entière. Si le mis en cause a évoqué un achat informel aux HLM Rail-Bi, les enquêteurs cherchent à établir si les comprimés saisis sont isolés ou s’ils constituent une partie d’un stock plus important circulant sur le marché dakarois. Le carfentanil étant soumis à des contrôles stricts dans la quasi-totalité des pays, son introduction au Sénégal sous forme de comprimés — et non en poudre comme c’est généralement le cas dans les filières nord-américaines — constitue un élément que les autorités entendent élucider. L’issue judiciaire de l’affaire dépendra en partie des conclusions de l’OCRTIS sur l’étendue du réseau impliqué.

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