Coopération ou calcul, le Maroc tisse sa toile en Afrique au détriment de l'Algérie

En moins d’un an, le Maroc a obtenu le ralliement diplomatique du Ghana, du Kenya et du Mali à sa position sur le Sahara occidental, trois pays qui reconnaissaient auparavant la République arabe sahraouie démocratique (RASD) soutenue par l’Algérie. Chaque basculement a suivi une séquence identique : rapprochement diplomatique, puis livraison d’engrais ou signature d’accords économiques par le groupe public marocain OCP, premier exportateur mondial de phosphates.

Le Ghana a retiré sa reconnaissance de la RASD en janvier 2025. Dans les semaines suivantes, Rabat a annoncé un premier don de 2 000 tonnes d’engrais, remis en juillet 2025, suivi d’un deuxième lot identique livré le 15 avril 2026 à Accra. Un projet d’usine de fabrication d’engrais est également en négociation, en partenariat avec des institutions marocaines. Le Kenya a suivi le même chemin en mai 2025, reconnaissant le plan d’autonomie marocain comme «la seule solution crédible» lors d’une commission mixte tenue à Nairobi. Selon le Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis, les importations d’engrais marocains ont progressé de 35 % depuis 2023, tandis que des engagements financiers ont été annoncés pour la construction d’unités de mélange d’engrais à Mombasa, représentant près de 1 200 emplois.

Le Mali se retourne contre la RASD pour contrarier Alger

Le cas malien obéit à une logique différente. Le 12 avril 2026, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a annoncé que Bamako ne reconnaissait plus la RASD et soutenait désormais le plan d’autonomie marocain. Aucune contrepartie agricole n’a été annoncée à ce stade. Le revirement intervient dans un contexte de tensions bilatérales graves entre le Mali et l’Algérie, son voisin du nord et parrain historique du Front Polisario. Pour Bamako, le rapprochement avec Rabat constitue d’abord un signal adressé à Alger, non une transaction économique.

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L’OCP, bras armé de la diplomatie marocaine

Les trois cas révèlent deux mécanismes distincts mais convergents. Le premier repose sur l’OCP, dont la branche africaine compte douze filiales sur le continent et revendique une présence dans 42 pays. Les dons d’engrais et les projets industriels qui accompagnent les ralliements diplomatiques au Sahara sont systématiquement portés par ce groupe détenu à 95 % par l’État marocain. Le second mécanisme exploite les fractures entre Alger et ses anciens alliés africains : là où l’Algérie perd un partenaire, le Maroc gagne un soutien à l’ONU et à l’Union africaine.

Le plan d’autonomie marocain, présenté en 2007, a obtenu en novembre 2025 un appui inédit du Conseil de sécurité de l’ONU, qui l’a qualifié de base la plus viable pour une solution politique. Selon le gouvernement marocain, plus de 120 pays soutiennent désormais cette position. La prochaine session de l’Union africaine constituera un test de la solidité de ces ralliements face à la contre-offensive diplomatique algérienne.

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