Le président kényan William Ruto a tenté de désamorcer la polémique suscitée par ses déclarations sur l’anglais parlé au Nigeria, affirmant mardi 28 avril 2026 à Nairobi avoir été sorti de son contexte. La controverse, née d’une adresse à la diaspora kényane à Rome, a rapidement pris une dimension panafricaine.
Le 21 avril 2026, devant des compatriotes réunis en Italie, Ruto avait affirmé que les Kényans parlaient « l’un des meilleurs anglais du monde », avant d’ajouter qu’écouter un Nigérian s’exprimer en anglais nécessitait un traducteur. La vidéo avait circulé massivement sur les réseaux sociaux, provoquant une vague de critiques au Nigeria et dans plusieurs pays du continent. En marge de la Kenya Mining Investment Conference & Expo (MICE 2026), rapporte The Standard, le président kényan avait également reçu le ministre nigérian des Affaires étrangères Yusuf Tuggar.
Prenant la parole devant les participants de la MICE 2026 à Nairobi, Ruto a contesté la version circulant en ligne : « On m’a filmé en train de parler à mes concitoyens, et quelqu’un a décidé de rendre ça public. C’était censé être une conversation privée. Mais on a aussi déformé les faits. Les faits, c’est que je parlais de la façon dont nous en Afrique parlons tous très bien anglais. » Une mise au point aussitôt suivie d’une nouvelle formule pour le moins ambiguë : « Dans certains pays comme le Nigeria, si vous ne parlez pas un excellent anglais comme celui que nous parlons au Kenya, vous aurez peut-être besoin d’un traducteur pour comprendre l’excellent anglais du Nigeria. » À l’adresse du ministre Tuggar, il a conclu : « Mes beaux-parents, j’espère qu’il n’y aura aucune conséquence. »
Une passe d’armes entre deux capitales
La déclaration de Rome n’avait pas surgi de nulle part. Le 10 avril, lors d’une visite dans l’État pétrolier de Bayelsa, Bola Tinubu avait publiquement affirmé que les Nigérians étaient « mieux lotis » que les Kényans, alors que les prix du carburant flambaient au Nigeria. Comme nous le rapportions, ce que Ruto avait présenté comme une boutade constituait en réalité une réplique présidentielle directe, rare à ce niveau de protocole entre deux États africains.
La langue coloniale au centre du débat
Les réactions ont rapidement débordé le cadre bilatéral. L’ancien sénateur nigérian Shehu Sani a rappelé que le Nigeria est le pays de Wole Soyinka, seul lauréat africain du prix Nobel de littérature d’expression anglaise, ainsi que de Chinua Achebe et Chimamanda Ngozi Adichie. Des voix venues d’autres pays ont interrogé la pertinence de la maîtrise d’une langue coloniale comme critère de comparaison entre nations africaines. Ni Abuja ni Nairobi n’ont publié de communiqué officiel à ce stade.
