Le Pentagone a soumis au Congrès américain, le 21 avril 2026, une demande budgétaire pour l’exercice fiscal 2027 prévoyant 75 milliards de dollars consacrés aux drones et aux systèmes de lutte anti-drones. Ce montant dépasse à lui seul le budget militaire total de la France, fixé à 57,1 milliards d’euros pour 2026, soit environ 64,5 milliards de dollars.
La demande globale de défense s’élève à 1 504 milliards de dollars, soit une hausse de 42 % par rapport à l’exercice en cours. Sur les 75 milliards fléchés vers les systèmes sans pilote, 54,6 milliards seraient alloués au Defense Autonomous Warfare Group (DAWG), une structure créée sous l’administration Trump qui a absorbé l’initiative Replicator, lancée par l’administration Biden en 2023 pour développer une flotte massive de drones autonomes. Les 20 milliards restants couvriraient les technologies de détection et de neutralisation, dont des drones d’attaque à usage unique et le drone de ravitaillement en vol MQ-25 Stingray.
Une progression budgétaire sans précédent
Le DAWG ne disposait que de 225,9 millions de dollars pour l’exercice fiscal 2026. Sa dotation bondirait donc de plus de 24 000 % en un an, ce qui en ferait la plus forte progression annuelle d’un programme du Pentagone, selon Bloomberg. Jules Hurst III, sous-secrétaire à la Défense par intérim, a qualifié cette enveloppe de « plus important investissement jamais réalisé aux États-Unis dans les technologies de guerre par drones et de lutte anti-drones ».
L’urgence opérationnelle nourrit cette accélération. Depuis avril 2025, huit drones MQ-9 Reaper ont été perdus au Moyen-Orient, représentant une perte estimée à 720 millions de dollars à environ 30 millions de dollars l’unité. Face à des adversaires utilisant des engins à quelques milliers de dollars, le Pentagone vise la livraison de dizaines de milliers de drones dès 2026, puis plusieurs centaines de milliers d’ici 2027.
La France rattrapée par l’écart
L’ampleur de la demande américaine met en relief le décalage capacitaire français. La ministre des Armées Catherine Vautrin a annoncé le 9 avril 2026 un plan d’investissement de 25 milliards d’euros consacrés aux munitions et aux drones sur la période 2026-2030, dont une première tranche de 3,5 milliards d’euros dès cette année. Le budget 2026 prévoit par ailleurs le lancement d’une filière industrielle de production de drones pour 150 millions d’euros, avec pour objectif de produire des appareils technologiquement à jour et en volume. Paris prévoit également de se doter d’une offre souveraine en matière de drone MALE (Moyenne Altitude, Longue Endurance) pour remplacer à l’horizon 2035 les Reaper américains, actuellement utilisés dans les opérations au Sahel. Ces efforts restent sans commune mesure avec l’échelle américaine : les 75 milliards réclamés par Washington pour les seuls drones représentent trois fois le plan drone français étalé sur cinq ans.
Chine et Ukraine, références opérationnelles
La demande budgétaire cite explicitement la rivalité avec la Chine comme justification prioritaire. Pékin, dont l’armée a fait des drones autonomes une priorité de modernisation depuis 2022, ne publie aucun chiffre isolé sur ce poste. L’Ukraine, dont les capacités de production servent désormais de référence au Pentagone, prévoit de fabriquer 7 millions de drones pour la seule année 2026, contre 800 000 en 2023.
Le Congrès doit examiner la proposition dans les prochaines semaines. Si elle était adoptée telle quelle, le budget total de défense américain dépasserait 1 500 milliards de dollars dès l’exercice fiscal débutant le 1er octobre 2026.



