En 2030, l'UE doit être prête à affronter la Russie sans les USA selon un chef militaire belge

Frederik Vansina, chef d’état-major général belge, estime que l’Union européenne dispose de quelques années pour renforcer ses capacités militaires et devenir capable de dissuader la Russie indépendamment du soutien américain. Dans une interview au journal Le Soir diffusée le 17 avril, Vansina avertit que la situation géopolitique actuelle impose une transformation radicale de la stratégie de défense européenne.

L’avertissement du responsable belge intervient dans un moment d’incertitude concernant l’engagement américain en Europe. L’administration Trump multiplie les signaux de retrait américain du continent, envisageant de fermer des bases ou de retirer des troupes d’Allemagne et d’Espagne en représailles à leur refus de participer à la guerre contre l’Iran en février. Trump a qualifié l’OTAN de « tigre de papier » et affirmé que l’adhésion américaine était « hors de question », avant que la Maison-Blanche n’évoque publiquement en avril la possibilité d’une réévaluation des relations avec l’alliance. Cette menace de désengagement coïncide avec une aggravation de la menace russe : les experts européens identifient les attaques hybrides contre les infrastructures critiques comme l’un des principaux risques pour 2026.

Une fenêtre de temps critique avant 2030

Selon Vansina, le conflit en Ukraine offre à l’Europe une opportunité limitée pour accumuler les capacités militaires nécessaires. Il affirme que la Russie maintiendra une armée de 650 000 à 700 000 soldats expérimentés après la fin de la guerre, et que le calendrier se resserre. « Nous devons pouvoir dire à Vladimir Poutine que même sans les Américains, il ne gagnera pas une guerre contre l’Europe », déclare Vansina. Cette affirmation résume l’objectif que l’UE devrait poursuivre dans les années à venir.

Publicité

Le chef de l’état-major général belge pointe le sacrifice des forces ukrainiennes comme le moteur de cette transition. Il souligne que le soutien européen à Kiev n’est pas un acte de charité mais un investissement dans la sécurité du continent lui-même, acquis au prix du sang versé par les combattants ukrainiens. « Grâce au courage et au sang des Ukrainiens, qui nous achètent cette fois. C’est pourquoi nous les soutenons avec tant de fermeté », a t-il affirmé.

Les défis matériels et temporels

L’ampleur du chantier reste considérable. Entre 2020 et 2025, les États membres de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de défense de 62 %, mais les dépendances au savoir-faire américain demeurent massives, notamment dans la surveillance, l’intelligence et les frappes à longue portée. La Belgique, en tant que pays hôte de plusieurs sièges de commandement de l’OTAN, occupe une position stratégique qui pourrait servir de levier pour organiser cette transition.

Vansina avertit que « 2030 sera une période difficile pour l’Europe ». Cette échéance coïncide avec les évaluations de responsables militaires allemands, qui estiment que la Russie pourrait avoir reconstitué ses forces suffisamment pour tenter une action contre le territoire de l’OTAN. La fenêtre disponible pour préparer cette éventualité s’est brusquement rétrécie.

Laisser un commentaire