Depuis le début de la guerre en Iran, Moscou a fourni un soutien en renseignement à Téhéran, transmettant notamment des données de ciblage ayant permis des frappes iraniennes sur des infrastructures pétrolières saoudiennes — une réalité qui aurait pu fracturer l’alliance énergétique russo-saoudienne. À Saint-Pétersbourg, le prince Abdoulaziz ben Salmane a démontré le contraire, jurant fidélité à Moscou « jusqu’à ce que la mort nous sépare ».
Le ministre saoudien de l’Énergie a prononcé cette déclaration le 4 juin lors d’une session de haut niveau du 29e Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF). La formule, prononcée devant les délégations réunies à l’Expoforum Convention Centre, tranche avec le mutisme que le ministre avait consciemment entretenu durant les semaines de plus forte tension sur les marchés pétroliers.
Un silence assumé, une prise de parole maîtrisée
Ben Salmane a lui-même livré la clé de ce silence prolongé, qui avait tenu les opérateurs pétroliers en haleine. Le ministre a indiqué que sa discrétion durant la période de crise énergétique la plus sévère avait été délibérée : « Un ministre doit rester calme et ne pas céder à la panique, car la panique fait perdre le contrôle du récit. Je maintiens mon silence parce que se taire au milieu d’une telle incertitude est un message en soi, et une reconnaissance humble que la réalité change rapidement. »
Cette prise de parole marque la fin d’une période de flottement et envoie un signal clair aux marchés. Ben Salmane a affirmé que l’Arabie saoudite est « un fournisseur d’énergie résilient, l’a toujours été et le demeurera quelles que soient les circonstances ».
Le ministre a également évoqué les turbulences régionales liées aux conflits en Iran et en Ukraine, reconnaissant qu’elles avaient compliqué les priorités stratégiques du Royaume, en particulier les objectifs de Vision 2030. Il a réaffirmé la détermination saoudienne : « Nous nous devons à nous-mêmes et à chaque citoyen saoudien de défier cet environnement difficile et de rester fidèles à nos ambitions. »
Trente accords et une alliance redéfinie
Ben Salmane a annoncé la signature de 30 accords de coopération entre les secteurs privés des deux pays dans des domaines allant de l’industrie à l’éducation en passant par le tourisme et l’énergie. Il a précisé qu’il n’existe « aucune limite ni restriction » à cette coopération conjointe, ajoutant que la vision stratégique à Riyad comme à Moscou a évolué : les deux pays ne se perçoivent plus seulement comme des producteurs de pétrole ou de gaz, mais comme des acteurs de la fabrication et de la fourniture d’énergie dans son sens global, incluant les hydrocarbures et l’exportation d’électronique.
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak, qui a rencontré Ben Salmane en bilatérale en marge du forum, a qualifié le dialogue entre les deux pays de « confiance à haut niveau » et évoqué des échanges couvrant les secteurs du combustible, des finances et du commerce.
Une alliance testée par des turbulences inédites pour l’OPEP+
Moscou a cherché à préserver des relations pragmatiques avec Riyad malgré son soutien à Téhéran, conscient que la coopération saoudienne avait jusqu’ici permis de contourner partiellement les sanctions occidentales imposées à la Russie. Cette tension de fond n’a pas empêché les deux pays d’afficher une convergence affirmée à Saint-Pétersbourg.
L’OPEP+ traverse par ailleurs une période de fragilité structurelle. Les guerres en Iran et en Ukraine ont réduit les exportations pétrolières des deux principaux producteurs du groupe, faisant s’envoler les prix. Les Émirats arabes unis, membres du cartel depuis près de soixante ans, ont annoncé leur retrait en avril.
L’édition 2026 du SPIEF marque également le centenaire des relations diplomatiques russo-saoudiennes. La délégation saoudienne, forte de plus de 200 représentants incluant les ministres de l’Industrie, des Transports et de l’Investissement ainsi que la direction de Saudi Aramco, est l’invitée d’honneur du forum.
Selon des sources citées par Reuters, l’Arabie saoudite, la Russie et cinq autres membres de l’OPEP+ devraient s’accorder dimanche sur une nouvelle hausse de leur objectif de production pour juillet, lors d’une réunion ministérielle dont l’issue pourrait redéfinir la trajectoire des prix du brut pour le reste de l’année.



